Musique et spectacles : Crise dans la production   publié le 04/12/2013


Musique et spectacles : Crise dans la production

Actuellement, la plupart des maisons de production malgaches vont à la dérive, certains ont même dû fermer leurs portes.


Avant 2009, plusieurs maisons de production se sont créées un peu partout dans la Grande Île surtout dans la capitale, actuellement la plupart d’entre eux vont à la dérive, certains ont même dû fermer leurs portes. C’est aussi un des impacts de la crise qui frappe le pays. Le monde de la production musicale se sent gravement atteint.

En comparant les statistiques de 2011 et de 2012, l’effectif des artistes membres, toutes catégories confondues de l’Office malagasy du droit d’auteur (OMDA) n’a pas vraiment augmenté. Leur nombre a progressé de 6558 à 6742 en une année, soit 184 nouvelles adhésions. Par contre, les œuvres répertoriées ont augmenté de plus de 3000 en seulement un an dont une grande partie relève du domaine de la musique. Un chiffre qui révèle une autre réalité : la progression de l’autoproduction et le recul des activités des maisons de production.

La production musicale est en crise depuis quelques années. On a remarqué que depuis 2009, les productions de spectacles ont reculé. Le public n’a plus droit qu’aux évènements annuels organisés par les grandes entreprises et sociétés d’événementiels. Cette baisse d’activités ne concerne pas uniquement la production de spectacles, la production de musique sur CD et VCD / DVD connaît également une régression considérable.

 

Même si certaines maisons comme DoSol dirigée par Mamy Andriamasinaivo continuent leurs activités, la prudence est de mise. En 2012, seuls trois albums ont été produits sous le label DoSol. Ils sont prêts à diffuser mais la maison de production préfère attendre cette année pour leur sortie pour le grand public. Trois autres produits sont en préparation.

 Nous vivons encore dans la crise ! Ce n’est pas vraiment la production proprement dite qui fait tourner notre maison actuellement, c’est surtout la location du studio et de la prestation de service. Nous évitons tout risque, je dirais même que nous faisons la grève ! , lance le patron de Dosol.

Rija Andriamampionona, directeur de Mada Prod, affirme avoir pu produire jusqu’à une trentaine de spectacles par an dans toute l’île avant la crise. En 2012, la maison de production s’est consolée de deux évènements et des contrats d’organisation des fêtes de célébration de la fête nationale. Des spectacles gratuits qui n’arrangent guère les affaires des maisons de production.

 Nous avons prévu des évènements cette année mais l’incertitude sur la date des élections est un vrai obstacle,  remarque l’opérateur culturel.

Jaobarison Randrianarivony, directeur-gérant de Média Consulting évoque le même problème. On ne peut rien faire tant que la date des élections ne soit connue. Notre production de spectacles a fortement diminué. Si avant la crise, nous avons organisé environ 80 spectacles par an, l’année dernière nous n’avons eu que 12 spectacles, heureusement que nous avons d’autres départements comme l’agence de communication, l’organisation de forums et séminaires pour survivre, a-t-il confié.

Même si le secteur de la production est souvent considéré comme un secteur mineur, sa chute a logiquement des impacts pour l’ensemble de l’économie du pays : pas de spectacles, pas de recettes publiques.

 

Devant la gravité de la situation, les producteurs ont décidé de réactiver le syndicat des producteurs de musique et de spectacles vivants, une structure qui a vu le jour en juillet 2011. Il rassemble les principaux acteurs dans le monde de la production. Depuis le 18 janvier, Mamy Andriamasinaivo de Dosol a succédé à Jaobarison Randrianarivony à la tête de ce syndicat. Il a fait du développement de la production à Madagascar son cheval de bataille.

Ses priorités s’articuleront autour de l’élaboration de projets de loi sur la production, la formation spécialisée pour chaque acteur de la production en partant des producteurs, en passant par les managers, les éditeurs et les tourneurs jusqu’aux diffuseurs…  Comme ça, chacun y trouvera sa véritable place et fonction !  précise le nouveau président.

Le nébuleux statut des producteurs malgaches ne facilite pas la professionnalisation du milieu de la production à Madagascar surtout au niveau de la qualité comme l’a remarqué Haja Ranjarivo, le directeur de l’OMDA.  La plupart des producteurs malgaches pensent qu’ils peuvent tout assurer mais ils ne réalisent pas que l’inexpérience dans un domaine quelconque peut décevoir l’attente des consommateurs  a-t-il constaté.

Le directeur a même avancé qu’il est nécessaire que tous les acteurs du monde de la production se rejoignent pour créer un véritable réseau national et pourquoi pas régional lequel couvrira les îles de l’Océan indien. L’un des projets du syndicat consiste à lancer une mission de sensibilisation nationale pour recruter plus de membres et permettre au syndicat de devenir une structure nationale.

Annick SEDSON


Source : Le blog de l’association des journalistes culturels de Madagascar / http://sorakanto.wordpress.com/


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