Haja Ravaloson: « Palier à l'absence de conservatoire»   publié le 02/10/2013


Haja Ravaloson: « Palier à l'absence de conservatoire»

Du 9 au 27 septembre dernier, l’AFT a accueilli une série d'ateliers autour de la musique jazz.

 

Une formation animée par des professionnels comme Haja Ravaloson, musicien, professeur de musique et vice-président de Madajazzcar. Il nous explique les enjeux et la raison d'être  de cette formation.

Pouvez-vous nous parler du programme de l'atelier ?

Nous donnerons aux participants les bases nécessaires pour exploiter la musique, pas seulement le jazz mais aussi  le classique, la variété ... Jouer du jazz c’est maîtriser les différentes techniques en rapport avec: les accords, les gammes, les harmonies, les arrangements, le développement mélodique... Les stagiaires ont appris à faire l'analyse complète d'un morceau, qui peut d’ailleurs se jouer de différentes manières.

 C'est la cinquième édition de l'atelier et j’ai toujours été présent depuis le début. A mes côtés pour animer l’atelier,  Fabien De Gryse, professeur au Conservatoire Royal de Bruxelles. Je donne les bases pour que les stagiaires puissent suivre le reste de la formation avec Fabien De Gryse, qui sera autrement plus pointue. Nous avons déjà accueilli environ milles stagiaires depuis la première édition. Cette année, ils sont une quarantaine.

Les objectifs fixés ?

 

Qu'ils sachent jouer du jazz, voire plus généralement qu'ils sachent jouer de la musique. La musique,  ce n'est pas que jouer, il faut la comprendre, la logique de chacun devient différente sitôt qu'il comprend la musique. Et une fois comprise, on est soi-même capable d'enseigner, de créer des jingles, de faire de la composition, des conférences et d'être professionnel. C'est aussi l'occasion d'apprendre l'histoire du jazz, le genre de connaissances à avoir pour un animateur radio. Connaître par quoi on est passés avant d'arriver là où on est et vers où on va...

 Cette année, les participants sont tous des jeunes. Il ne sont pas là par curiosité, ce sont de vrais passionnés qui veulent faire de la musique.

Quelques conseils pratiques pour s'exercer dans le jazz ?

 

Connaître les gammes, les accords et les dominer. Savoir ensuite à quoi sert tel ou tel accord, comment l'harmoniser et l'arranger: tel accord doit suivre ou précéder tel ou tel accord et ainsi de suite. Sans avoir ces connaissances au préalable, le résultat n'aura aucune saveur aux oreilles de celui qui écoute. Il faut apprendre comment créer des mélodies à partir de ces accords et harmonies. Ensuite, développer l'instantanéité, la spontanéité, faire des improvisations en direct, tout cela s'apprend. C'est ce qu'on appelle le développement mélodique. Mais ce n'est qu'une partie de ce qu'il y a à faire. Nous distribuons beaucoup de documents aux stagiaires, qu'il s'agit de fichiers audio à écouter ou de documents au format numérique.

Votre vision du jazz made in  Madagascar ?

 

Disons que les problèmes commencent à être résolus. L'absence de conservatoire est souvent mentionnée.  Nous essayons de palier à ce manque avec l’organisation des ateliers tous les ans. Nous tentons de rendre autonomes les stagiaires, qu'ils soient capables de se débrouiller pendant l'année qui va venir après la formation, avec suffisamment de documents pour qu'ils puissent travailler et évoluer seuls. Après ça, ils pourront toujours effectuer des recherches de leur côté ou revenir nous voir si besoin. Aujourd'hui, beaucoup d’étoiles montantes du jazz sont passés chez nous, des musiciens en herbe comme Harty Andriambelo, Manjaka David Rakoto, Lova Ramahefason, Jax Ravel et je n'oublie pas ceux qui continuent à briller à l'étranger comme Tohery Ravaloson et Hary Ratsimbazafy. On disait aussi, il fut un temps qu'on manquait de scènes pour se produire, mais ça a bien changé depuis: le Tanà Arts Café, le Paprika, l'AFT, le Cercle Germano-Malagasy (CGM), le KudéTa... Tous ces endroits accueillent désormais des événements jazz.

Des conseils pour ceux qui veulent se lancer / se professionnaliser dans le jazz ?

 

Avant tout étudier et faire beaucoup de recherches. Quand des étrangers viennent ici et qu'ils ont besoin d'un musicien pour les accompagner, du genre bassiste, batteur etc..., par élimination,  je leur recommanderai toujours celui qui sait lire les notes. Bien évidemment,  ils amèneront des partitions avec eux et laisseront tout juste une journée pour répéter. Il faut donc être rapide, avoir des connaissances solides,  et faire beaucoup de recherches, c'est important. Arthur Rubinstein a dit: « Si je néglige mon piano un jour, je m’en aperçois ; si je le néglige deux jours de suite, mes amis s’en aperçoivent ; et si je le néglige trois jours, c’est le public qui s’en aperçoit ».

Le mot de la fin ?

 

Je vous invite à assister à la finale Tremplin jazz du  2 octobre à 19h à l’AFT. Il y aura également les prestations d’Hanna Paulsberg  Quartet (Norvège / Madagascar) et Fabien Degryse Trio (Belgique / Madagascar). A ne pas rater… Et bon festival à tous !

Plus d’infos :

www.madajazzcar.mg


Commentaires

Votre commentaire