Claudia Valisolalao a dit…   publié le 30/09/2013


Claudia Valisolalao a dit…

L’art est source de richesses dans tous les sens du terme et peut participer au développement socio-économique de Madagascar.


Certains disent que pour un pays en développement comme Madagascar, les filières artistiques et les conservatoires ne sont pas indispensables. Je me demande bien pourquoi. Est-ce que cela vous semble si évident ? Personnellement, je suis convaincue que l’art peut jouer un rôle important dans l’épanouissement de mon pays, l’art est source de richesses dans tous les sens du terme et peut participer au développement socio-économique de Madagascar.

L’expression artistique fait partie intégrante de ma vie

J’ai 26 ans, je pratique la danse depuis plus de quinze ans et je fais du théâtre depuis mes 18 ans. Aujourd’hui, la danse fait partie intégrante de ma vie. C’est grâce à elle que j’ai pu réaliser des rêves que j’avais enfouis en moi. Les ateliers et les formations auxquelles j’ai eu la chance de participer m’ont permis de vivre des expériences artistiques uniques mais aussi de faire des rencontres qui ont changé ma vie.

Lorsque j’ai découvert le théâtre en classe de Terminale (le cours de théâtre était présent dans le programme scolaire), j’ai compris que c’était une nouvelle opportunité d’en apprendre encore plus sur l'art et ses « rouages ». J’aurais tellement aimé poursuivre ces cours artistiques à l'université, pas en tant qu’option mais comme une filière à part entière. Je sais que je ne suis pas la seule à en rêver !

Une richesse évidente

L’art occupe une place prépondérante à l’échelle internationale et fait partie des richesses de l’humanité. Qui n’a jamais rêvé d’être un artiste, de savoir chanter, de faire du cinéma, de peindre ou de danser ? Personne ! Je pense qu’au fond, à travers l’art, tout le monde rêve de pouvoir s’exprimer et se faire entendre.

De mon point de vue, lorsqu’une nation fait le choix de laisser une grande liberté d’expression à ses artistes, elle favorise ainsi un développement fondé sur l’écoute, le respect de la différence et la compréhension mutuelle. Des facteurs qui sont essentiels si l’on veut œuvrer pour un développement juste et durable.

D’autre part, sur le plan touristique par exemple, l’art folklorique attire indéniablement la curiosité des étrangers qui viennent parfois de très loin, en avion, en bateau ou en train, pour découvrir les couleurs, les sons et les parfums d’une culture qui leur paraît tellement exotique. Ils louent des chambres d’hôtel, consomment des produits locaux et donnent du travail à des milliers de personnes. Par conséquent, le folklore est un atout majeur pour soutenir le développement économique des régions qui ont su préserver leur culture.

La population malgache est globalement très jeune. Selon le site de l’UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population), en 2007 « 55 % de la population malgache [était] âgée de moins de 20 ans, et les jeunes entre 10 et 24 ans [représentaient] environ 32 % de la population totale ».Cela représente un véritable défi pour l’emploi mais il s’agit aussi d’une opportunité à ne pas manquer : profitons de la créativité et de l’énergie des jeunes pour bâtir un pays qui ose le changement, l’innovation, l’égalité entre les hommes et les femmes, etc.

Madagascar doit sa richesse et sa diversité culturelle aux Grands de la culture malagasy (Olombelo Ricky, Rakoto Frah, Bakomanga, Richard Razafindrakoto, Fidisoa Ramanahadray, Disaraga, Mahaleo, pour n’en citer que quelques-uns), mais aussi à la relève qui compte déjà plusieurs artistes de renommée internationale (Julie Iarisoa, Njiva José, Juliana Anjavola, Fela Razafiarison, Mikéa, Mohamed Ali, Môta…) ainsi qu’à la nouvelle génération montante (Moajia, Rohy, Rijasolo…).

Presque tous ces artistes sont soutenus par des institutions étrangères. Je citerai l’Alliance française dont on trouve des antennes locales un peu partout sur la « Grand Île », le Cercle germano-malagasy, l’Institut français de Madagascar ainsi que beaucoup de lieux privés qui œuvrent également pour la promotion des artistes : Alter Echos, Chill out café, Antshow, etc.

Tous ces centres sont une aide précieuse pour l’ensemble de nos artistes. Mais cela m’amène à me demander si les étrangers ne se sentent pas davantage concernés par notre art que l’État et la société malgache. Sont-ils réellement les seuls à réaliser l’importance et le potentiel économique de notre richesse culturelle ?

Le rôle de l’État malgache

Il y a quelques jours, la ministre de la Culture et du Patrimoine, Elia Ravelomanantsoa, a lancé un nouveau projet de Conseil national des Arts (CNA). Selon la ministre, le CNA aura pour mission « de valoriser les arts et les artistes à Madagascar et de faire intégrer les disciplines artistiques dans le programme scolaire ». Ce projet s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la politique culturelle approuvée en 2005 et qui a pour but de participer au développement socio-économique de Madagascar. Reste à savoir si le projet tiendra ses promesses. Les artistes malgaches sont aujourd’hui pleins d’espoir mais attendent de voir si le CNA les aidera à acquérir un statut professionnel et juridique qui leur assure l’accès à la sécurité sociale. Ils espèrent aussi que les échanges entre les différents milieux artistiques seront favorisés afin d’accroître la portée du marché artistique malgache.

Apporter ma pierre à l’édifice

Avec la compagnie Rohy, une compagnie d'art contemporain et d'actions sociales que j’ai créée en 2005, j'essaie d’apporter ma pierre à l’édifice, en travaillant à mon échelle, en sensibilisant les jeunes au pouvoir de l’expression artistique. Je contribue aussi à plusieurs organismes qui favorisent le développement social par le biais d’activités artistiques accessibles à tous.

Si comme moi, vous pensez que l’art peut renforcer le progrès social dans votre pays, j’aimerais en savoir plus sur ce qui se passe chez vous, sur les initiatives que vous avez développées, discuter du rapport qu’entretient le pouvoir avec le domaine artistique dans votre partie du monde.


*À propos de l'auteur

Valisolalao Claudia ou « Vali » est malgache et a 26 ans. Elle est passionnée par les domaines de l'art et du social. En 2005, elle a créé la Compagnie Rohy qui développe des projets d'art contemporain en lien avec le social. Elle est aussi responsable de la communication au sein du RMH (Réseau Malgache du Handicap) et membre de l'association Liberty 32.

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