Nouveau Président de la République – Les défis culturels malgaches   publié le 03/02/2014


Nouveau Président de la République – Les défis culturels malgaches

Beaucoup attendent du nouveau de la part du chef de l’Etat élu, surtout en ce qui concerne le monde de la culture malgache, ses artistes et ses acteurs.

Quelques-uns d’entre eux donnent leurs avis sur les défis à relever et les priorités. 

Shaani – Disc Jockey : «La culture doit être une priorité du gouvernement »

Tous les grands pays de ce monde font le maximum pour préserver leur propre culture. Parce que la culture fait partie intégrante de l’identité d’une nation, d’un peuple : elle a donc une valeur inestimable. Quand je parle de culture, il ne faut pas seulement comprendre « musique», il faut la prendre au sens large du terme. Quel que soit le gouvernement qui sera mis en place prochainement, j’estime qu’il faudra en faire une priorité. Par exemple, aujourd’hui, les jeunes Malgaches ont tendance à s’occidentaliser et ne connaissent rien de leur culture d’origine. Pire, ils ne cherchent même pas à s’y intéresser. Un des grands défis serait de chercher un moyen d’intéresser ces jeunes à leur culture d’origine et surtout, de faire en sorte qu’ils en soient fiers. Car avant de pouvoir exporter notre culture, il faut déjà que nous en soyons nous-mêmes fiers et que nous cherchions à la préserver. Les Japonais et les Français sont des modèles de réussite dans ce domaine.

 

Tahina Rakotoarivony – Artiste plasticien : « Valoriser le savoir-faire malgache »

On pourrait  définir quelques priorités. Garantir la mise en place d’une réelle politique de l’art et de la culture. Augmenter le budget du département art et culture afin de réaliser des infrastructures de base, par exemple des villages des arts, des centres d’art, des écoles d’art dans toutes les disciplines artistiques et bien d’autres. C’est aussi faire voter la loi sur le mécénat, valoriser le savoir-faire malgache dans le domaine de l’art et de la culture. Et enfin, aider et promouvoir les associations et entreprises culturelles locales.

 

Dama – Chanteur : « Savoir tresser notre richesse culturelle est le premier grand défi »

Le premier grand défi c’est de savoir tresser nos diverses richesses culturelles qui ont chacune leurs valeurs dans tout Madagascar. Pendant la Première république, à chaque fête nationale, il y avait toujours une scène et des rencontres pour exprimer cette diversité culturelle. Pour que tous les Malgaches puissent se connaître, et le spectacle a été diffusé à la radio nationale. En conséquence, il faut maintenant que la télévision nationale et la radio nationale suivent le mouvement. Mais, il faut savoir que la culture malgache n’est pas seulement le théâtre, la musique, et la danse. La culture du riz c’est aussi de la culture, la manière de construire une maison, comme chez les Tanala qui connaissent les plantes médicinales, c’est aussi une culture. Il y a la maison « peta-potaka », c’est une construction bioclimatique. Tout çà, c’est notre richesse culturelle et qui peut nous définir dans le monde. Alors, savoir tresser toute cette richesse culturelle qui reste le grand défi parce que nous Malgaches, nous ne nous connaissons pas assez. L’objectif, c’est que nous nous connaissions mieux, que nous partagions encore plus.

 

Milon Kazar – Musicien : « Les artistes sont les vitrines de la Nation à l’étranger »

Le nouveau Président de la République doit prendre en compte l’importance et le rôle-clé des artistes pour le développement de la nation. Nombre de citoyens sont influencés par les mots qu’ils véhiculent et par leur façon d’être. Ce sont eux aussi le plus souvent qui les vitrines directes de la nation par rapport à l’étranger.

 

Laza – Cinéaste : « Qu’on rouvre les salles de cinéma ! »

J’aurais tendance à dire que je n’attends plus rien des dirigeants de notre pays. Il y a trop de choses à faire, ne serait-ce que pour le cinéma, alors parler de la « Culture malgache » serait un chantier monumental. J’espère juste que le nouveau, ou pourquoi pas une Présidente, ouvre au moins une salle de cinéma avant que je meure, ou qu’il ou elle oblige les Chinois ou les « Karana » à en ouvrir un! Alors le défi, pour répondre à la question, pour moi serait : sera-t-il  capable d’ouvrir une vraie salle de cinéma. Qu’on y projette des films américains ou même des films de propagande, comme pendant la période socialiste, ce n’est pas un problème, mais une vraie salle de cinéma. Les salles de cinéma ici ont fermé, notamment parce que, en 1979, le FMI et la Banque mondiale ont imposé la liquidation des entreprises publiques sur pratiquement tout le continent africain. Les salles de cinéma, majoritairement propriétés de l’État, ont donc fermé leurs portes. Il n’y a pas que ça, les Français ont aussi leur responsabilité, comme toujours me dira-t-on, mais en tout cas on connaît les responsables et les coupables, de la fermeture de nos salles de cinéma. Il faut savoir que l’histoire du cinéma malgache est étroitement liée aux événements politiques du pays. Et j’ai tendance à croire que c’est une vraie volonté politique de ne pas vouloir les rouvrir.

 

Gothlieb – Humoriste/chanteur : « La priorité est de faire un état des lieux »

Le milieu culturel malgache est, actuellement, submergé par le paraître, au lieu de se pencher sur l’être. Les grands producteurs font la loi en tablant sur les calculs de rentabilité au détriment de la promotion des autres véritables valeurs culturelles. L’argent fait la loi, et la vraie culture est délaissée. Donc, la priorité est de faire un état des lieux et investir dans les compartiments oubliés, tels les salles de spectacle à capacité intermédiaire, le montage d’un fonds en faveur des intermittents en définissant leur vrai statut, mettre fin au copinage en matière de promotion culturelle, moraliser le spectacle vivant et revenir à une sorte d’éthique nationale pour guider les créations et les productions. Monter une sorte de CSA de la culture. Et fédérer les spectacles vivants pour éradiquer le clanisme. Redéfinir la culture au sens large, avec une vision vraiment nationale.

 

Fidisoa Ramanahadray – Photographe : « La culture est oubliée par le chef de l’État »

Désolé, mais le nouveau Président de la République a complètement oublié la culture. Cela a un lien très étroit avec le social. Par exemple, l’environnement est lié à la cutlure. Les « fady », ou tabous, dans les forêts c’est une bonne chose, car de cette manière il y a une forme de préservation. Mais avant tout chose, la démarche est culturelle. La culture, c’est l’image d’un pays, sa garantie pour le développement. Elle passe le message pour la société, c’est tellement important mais le nouveau chef de l’État l’a complètement oublié. Chaque individu, tout le monde possède sa propre culture, même un chef de l’État possède sa propre culture.  Ainsi, nous pouvons nous différencier des autres pays, nous affirmer. Des fois, c’est nous même qui voulons tuer notre propre culture. Dans une société, c’est la culture qui génère l’esprit de groupe. La culture peut passer au-delà des barrières. Actuellement, nous devons remettre sur pied, guérir mais plus encore réveiller la culture malgache. Et s’il n’y a pas de divertissements et que dans notre vie nous travaillons comme des bêtes, ce seront les maladies qui nous attendent au tournant. La culture ne doit pas être oubliée.

Source : L'Express de Madagascar

 


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