Chronique de VANF: la jeunesse est faite pour ça   publié le 18/08/2014


Chronique de VANF: la jeunesse est faite pour ça

Aller à l’Université, ce n’est pas uniquement après le Bac. Mais, il est vrai que, pour quelqu’un qui y a passé quatre années, le campus dit d’Ankatso est une invite permanente à la nostalgie.

Oui, sauf que la rengaine du «bon vieux temps» n’est pas cette fois à l’avantage de nos années 1990 : en cette année 2014, les étudiants semblent animés d’un dynamisme que je ne nous connaissais pas. Autrefois, les associations d’étudiants vivotaient dans des locaux un peu marginaux : l’AEDM, association des étudiants en Droit, était cachée au sous-sol du bâtiment DEGS, aujourd’hui, les mêmes associations occuperaient des locaux que les étudiants auraient eux-mêmes contribué à bâtir, sur des terrains accordés par les responsables de l’Université.

Le CRAAM (Centre de Ressources des Arts Actuels de Madagascar) fait partie de ces novations «actuelles». Mon distinguo était resté au «classique, moderne et contemporain». Le centre est confié à des jeunes immédiatement sortis de la filière «Médiation Culturelle» située juste dans le bâtiment d’en face de la Faculté des Lettres : on a trouvé plus périlleux que de simplement traverser une route pour décrocher un job sitôt remis le diplôme.

Destiné à un public qu’intéresse la Culture, le Centre ne connaît pas la même fréquentation que l’Institut français de Madagascar, l’Alliance Française, le Cercle Germano-Malagasy ou le Centre Culturel Américain (en attendant un vrai centre culturel chinois ou indonésien), qui ont sans doute l’avantage d’être situés en centre-ville. C’est que, même en 2014, aller à l’Université, surtout à cette Université-là, dont le campus est situé sur une colline cul-de-sac, c’est un voyage initiatique.

À mon époque, c’est à la «B-U» (la bibliothèque universitaire) qu’on s’imaginait une vie au-delà de ce cul-de-sac, le regard caressant l’horizon lointain des proches collines du Vakinisisaony, l’esprit vagabondant par lectures sans frontières. Voilà encore vingt ans, les rayons de la B-U étaient librement accessibles et les rats de bibliothèque aimaient à y s’attarder : humant avec gourmandise l’odeur caractéristique du vieux papier renfermé, parcourant d’un regard concupiscent les dos sagement alignés portant titres et noms d’auteurs (ainsi que la côte du fichier auteur/matière), s’extasiant de toute cette richesse dont on sait ne pas pouvoir venir à bout, mais, la tentation étant trop forte, piocher néanmoins au hasard d’un auteur vaguement familier, et révéler à la lumière du jour un ouvrage vénérable de toute la poussière accumulée, s’imaginer le premier à fendre cette tranche virginale, tel un archéologue exhumant d’un million d’années d’oubli un fémur du «Rapeto-saurus» ou le vertèbre d’un «Darafify-docus».

Imaginez : une «performance» artistique de rue, sous le grand pont qui mène de la grande «esplanade Médecine» à la plate-forme DEGS ; une rampe qui sort par la (trop petite) porte du CRAAM pour figurer un podium de défilé de mode sur le parking de la Fac des Lettres ; une simple lecture assis dans un fauteuil de vieux films VHS assemblés au scotch. Ces incongruités ont franchi la porte d’une université publique malgache sans que la franchise universitaire en souffre. Au contraire, elle n’aura jamais été aussi franche, aussi libérée. Cette jeunesse bouscule nos frilosités et elle est faite pour ça.

 

Source : www.lexpressmada.com/


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