Madagascar   publié le 30/09/2013


Madagascar

La Grande Île donne le son

 

Terre de richesse et de diversité musicales, Madagascar est sans conteste l’un des joyaux artistiques de l’Océan Indien. Qu’elle soit vocale, acoustique ou électrique, la musique à Madagascar est une composante essentielle de l’organisation sociale, présente dans toutes les dimensions de la vie, profanes et religieuses.

Réparties sur un vaste territoire, les dix-huit eth­nies qui composent la nation malgache sont à l’origine d’un large éventail de musiques, témoignage du métissage humain et cultu­rel qui s’est opéré sur la Grande Île au fil des siècles. Les migrations indonésiennes, africaines, arabes et européennes ont ainsi contribué au développement de nouvelles formes musicales. Les techniques vocales et rythmiques ainsi que les instruments utilisés ont des origines multiples qui correspondent aux différentes phases du peuplement.

Cette impressionnante richesse constitue aujourd’hui le patrimoine artistique national malgache. Et des formes les plus tradition­nelles aux genres nouveaux influencés par les musiques occidentales, ce patrimoine est en perpétuelle évolution, sans cesse renou­velé par la foisonnante scène de musiciens et de chanteurs de la Grande  Île.

A la fois expression culturelle et cultuelle, la musique tient un rôle central dans la société malgache. Elle est omniprésente dans les fêtes et les réunions de familles, les rites reli­gieux et les célébrations officielles. Sa dimen­sion collective favorise la cohésion sociale et s’exprime à travers les bals, les parades et les polyphonies vocales.

Vecteur du savoir et de la tradition, c’est aus­si un outil de communication entre les vivants et les morts, l’une des clés permettant d’ac­céder au monde des esprits et des ancêtres.

Les instruments

Les orchestres malgaches utilisent des instruments issus des quatre grandes catégories : les cordophones, les membranophones, les idiophones et les aérophones.

Parmi les plus emblématiques, il y a d’abord la Valiha, l’instrument national, sorte de cithare sur tuyau fabriquée avec un tube de bambou à nœuds très distancés. Cet instrument permet une grande diversité de techniques de jeu et de sonorités.

Le Sodina est la version malgache de la flûte à cinq ou six trous, fabriqué en bambou, en acier ou en plastique. On attribue au son aigu du Sodina des vertus magiques.

Le Kabosy est une sorte de guitare rustique au son aigu, qui compte 5 ou 6 cordes. Sa caisse de résonance est généralement rectangulaire.

La Jejy est un arc musical qui se rapproche du bobre réunionnais. Elle est constituée d’une corde métallique, tendue sur un arc et frappée à l’aide d’un petit bâton. La calebasse pressée contre la poitrine sert d’amplificateur.

 
Les musiques populaires

Le Hiragasy

Cet art ancestral né au XIXe siècle sur les Hauts Plateaux Merina est pratiqué par des troupes ambulantes, invitées lors des grandes occasions : naissances, mariages, exhumations et fêtes nationales. Le Hiragasy ? littéralement le « chant malgache » ? est un spectacle complet mêlant théâtre, chants, danses et discours. Il prend souvent la forme d’une joute orale entre deux groupes qui « s’affrontent » dans des costumes d’apparat de toute beauté. Soutenus par les tambours ou amponga et les instruments à vent, les chanteurs apostrophent le public sur des airs traditionnels en adressant un message à chaque classe d’âge. Les discours sont basés sur la morale, les légendes et les proverbes, relayés par des danses individuelles, en couple et collectives. Autrefois moyen de communication entre la reine Ranavalona et ses sujets, le Hiragasy est aujourd’hui un art populaire qui véhicule les valeurs sociales des Hauts Plateaux, un héritage à la fois moral, culturel, linguistique et familial.

 

Le Tsapiky

Ce genre musical est apparu dans les années 1970 au sud de Madagascar, plus particulièrement dans la région de Tuléar. Le Tsapiky mêle des rythmes sud-africains et mozambicains aux sonorités du sud malgache issues des cultures Antandroy, Masikoro et Vezo. Ce genre métis et moderne, en perpétuelle évolution, s’appuie sur une mesure rythmique en 4/4 et un tempo ultra rapide. L’instrument de prédilection de cette musique est la guitare électrique, souvent soutenue par une basse, une batterie et des percussions. Damily est l’une des grandes stars du Tsapiky à Tuléar, réputé notamment pour sa technique à la guitare. Comme la plupart des groupes du sud-ouest, il a construit sa renommée dans les mariages, les cérémonies de circoncision et les enterrements en pratiquant le mandry ampototsy (veillées funèbres).

Teta : figure marquante du Tsapiky

 

copyright photo le Hira gasy:  Tsilavo Rapiera   Photography -  www.tsilavorapiera.com


A lire et à écouter sur le sujet : Le Tsapiky, une jeune musique de Madagascar, livre documentaire de l’ethnomusicien Julien Mallet, paru en 2009 aux éditions Karthala


Article paru dans Muzikalité n°45

Le bulletin trimestriel du Pôle Régional des Musiques actuelles de La Réunion

 runmuzik.fr


 


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