Aujourd’hui, on slame !   publié le 10/12/2013


Aujourd’hui, on slame !

Le mot slam désigne en argot américain "la claque", "l'impact", terme emprunté à l’expression to slam a door qui signifie littéralement « claquer une porte ».

Le slam à son origine

Dans les années 80, Marc Smith, californien ouvrier et poète,  active de nouveaux espaces d'expression poétique en organisant des rencontres de Slam et des joutes verbales. Les slams de poésie dépoussièrent dès lors  les traditionnelles nuits de poésie, dynamisent le verbe et placent la performance au premier plan. Genre oratoire à part entière, le slam est devenu, partout où il s’est imposé, un phénomène médiatique et populaire.

Marc Smith souhaitait en quelque sorte démocratiser la poésie. À coup de tournois, de joutes verbales et de Slam's sessions, sa vision d'une poésie populaire, libre et rebelle fait le tour des États-Unis, traverse les océans, mutant au passage. Initialement, la pratique du slam est encadrée par des règles strictes: limitation du temps de paroles, instruments de musique et déguisements interdits; des mots rien que des mots.

La liberté d'exprimer ses états d'âme, ses revendications, dans des bars, sur des scènes, l'émulation autour de tribunes ont assuré le succès du Slam. Ces soirées de poésie se tiennent généralement à l’intérieur d’une fédération ou d’une ligue. La France, les États-Unis et le Canada ont la leur depuis quelque temps déjà.

Pourquoi le slam ?

Le slam offre une sorte de syncrétisme, parfois surprenant, dont l’enjeu n’est pas l’absolu littéraire. C’est une poésie de l’instant, qui bien souvent n’a pas vocation à dépasser le cadre de cet instant. La scène slam est un lieu de vie, de pensée, de réactions spontanées. Un lieu de croisement aussi, d’expérimentations. Le slam rend possible à l’occasion de la déclamation d’un poème, la reconstitution d’un tissu social aujourd’hui mis à mal par tout ce que notre monde fabrique d’inégalité, de violence et d’incompréhension. Le slam est un lieu d’expression poétique, d’expression, de tolérance. Il est étonnant de voir que le slam envahit peu à peu les écoles, les collèges, les lycées, les centres sociaux, les associations, alors que la population adolescente n’a pas accès aux soirées. Comment passe-t-on des bars aux bancs de l’école ? Les acteurs sociaux y ont vu un formidable outil. D’abord, il permet de faire écrire et travailler l’écriture sous toutes ses formes, ensuite il permet de faire dire et découvrir l’expression orale, enfin il permet d’apprendre à écouter les autres. Oui, il est bien question d’écriture car, même dans le cadre de l’oralité et même de l’improvisation, l’écriture reste première, qu’elle soit une écriture graphiée, posée sur papier, ou non graphiée, c’est-à-dire écrite oralement ou dans sa tête. Partant de contraintes ou de jeux d’écriture et d’oral simples, pour aller vers des formes plus complexes, plus intimes, les ateliers amènent les participants à prendre conscience de leur écriture, de leur voix propre, de leur souffle intérieur. Ils pèsent les mots, les nettoient, leur donnent une charge personnelle. L’atelier d’écriture slam, de par son origine, inscrit d’emblée l’écriture dans une pratique éclectique et décloisonnée. En effet, le slam ne se caractérise pas par un genre unique mais par l’addition, le collage, le mélange de toutes les richesses de la langue orale comme la mise en voix, la tonalité, le souffle, le rythme et de tous les styles d’écriture : poésie, chanson, hip hop, forme narrative, improvisation.

Appelons un Slam un slam

Il y a le slam des puristes, celui-ci se passe très bien de musique Quand des tchacheurs se rencontrent, se confrontent, ça vire parfois au grandiose. Le slam, c'est l'art de l'oralité. Il ne se chante pas, il se déclame, se récite. Pour certains c'est un flow, un flot, une scansion, pour d'autres c'est un genre de rap a capella. D'ailleurs, même si depuis l'accompagnement musical s'est insinué.

Le slameur s'exprime librement pour peu qu'il trouve une tribune et le cran de livrer ses pensées au public. Le Slam est libre, il appartient à tout le monde et à personne. Chacun embrasse cette discipline avec son background et sa façon de voir les choses. C'est là tout son intérêt et l'essence même de son succès. En France, quelques célébrités de la première heure telles Nada, Pilote le Hot, Rouda, Neobled, Lyord du collectif 129H et plein d'autres encore, ont bien préparé le terrain.

Ils ont activé les premières scènes de slam, dans les années 90, à Paris, dans les banlieues et en province puis ont ouvert des ateliers d'écriture. Eux slament avec ou sans musique, pourvu que les mots restent maîtres du jeu. Finalement, c'est Grand Corps Malade qui sort le Slam de sa confidentialité, à midi20.

Une question d'atmosphère

Avant cette médiatisation, le Slam s'inscrivait plutôt dans une ambiance intimiste, celle des petits clubs, des micro-scènes de bar. Mais, si on remonte plus loin encore, l'esprit du slam existait avant même d'être nommé par Marc Smith. À bien des égards, c'est un truc vieux comme le monde, qui remonte aux griots, aux bardes et aux harpes - Le slameur Souleymane Diamanka avec  L'hiver Peul  s'inscrit directement dans cette lignée, dans sa lignée. La joute oratoire autant que la poésie ont toujours existé, à la cour des rois aussi bien que dans le peuple. Il est juste des temps et des atmosphères plus favorables aux poètes. Bernard Dimey, bien avant 1984, déclamait dans les bars de la butte Montmartre. C'est quand même lui qui a dit : « Quand on n'a rien à dire et du mal à se taire, on peut toujours aller gueuler dans un bistrot ». Ce poète ne doit pas être inconnu de certains slameurs. Il a produit cinq ou six disques sous son nom, dans les années 50 à 70. Il récite ses poèmes sur un fond musical. Dans le style, Le bestiaire de Paris est typique.
La beat-generation, férue d'impro et de happening, ne s'est pas privée non plus de déclamer des vers, de slammer sans le savoir. Dans cet esprit, Kerouac a collaboré avec les jazz men Zoot Sims et AlCohn, en 58. Jim Morrison adorait discourir. Pris par la fièvre de parler durant ses concerts, il a beaucoup improvisé. Il poétisait les évènements, maintenant le même ton quand il s'adressait aux flics dans la salle. Dans ces mêmes années, Vinicius de Moraes, maître de bossa nova, grand poète, improvisait de longues introductions à ses morceaux. Si l'on y pense, les muses de la poésie et de la musique ne se trouvent jamais très éloignées l'une de l'autre. 

Quelques liens intéressants :

Écoutez : 

Lisez :

« Blah » anthologie du Slam français 1997/2007, éditions Florent Massot. Ce livre qui présente une trentaine d'auteurs et activistes de la scène Slam, est accompagné d'un CD d'une dizaine de titres.

 


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