La médiation culturelle : clé du développement de la culture   publié le 07/11/2013


La médiation culturelle : clé du développement de la culture

...De quoi s’agit la médiation culturelle ? Quelles sont ses spécificités ? Qui sont concernés par la médiation culturelle ? ...

La médiation culturelle : clé du développement de la culture

Andriamasinoro Hary Seheno*

Razanadrakoto Andriamanana Mialisoa Hasina*

 

    Dans le passé, on parlait d’animation culturelle, c’est un terme qui souligne les actions destinées à rapprocher un public ou une population de la création artistique et des œuvres d’art. L’animateur culturel avait comme objectif de transmettre des connaissances, d’écouter et de permettre au public d’exprimer sa propre culture par un art.

      Depuis les années 1980, ce terme qui désigne la relation entre la culture et le public a progressivement disparu de la terminologie des associations et les institutions culturelles pour se transformer  en médiation culturelle.

       A Madagascar, plus précisément à l’Université d’Antananarivo, le parcours « Médiation culturelle » existe depuis 2003. Ce parcours dirigé par Serge Henri Rodin, est soutenu par la coopération franco-malgache Art Mada II avec pour mission d’appuyer le développement culturel à Madagascar. 

      De quoi s’agit la médiation culturelle? Quelles sont ses spécificités? Qui sont concernés par la médiation culturelle? Quelles sont ses finalités? La réponse à ces interrogations se trouve dans l’approche épistémologique du terme médiation culturelle. Pour ce faire, nous allons mettre en amont la définition de la médiation culturelle, puis les différents acteurs qui forment la relation triangulaire de la médiation culturelle.  Ensuite, nous allons mettre en exergue les différents enjeux de la médiation culturelle et enfin nous allons détailler la médiation culturelle sur le plan professionnel en soulignant les métiers qui s’y rattachent.

 

Qu’est-ce qu’on entend par médiation culturelle ?

     Le terme médiation implique une relation triangulaire dont le troisième sujet est en relation avec deux entités qu’elles soient physiques ou symboliques dans le but de créer un accord. En effet, ce mot, apparu depuis le XIIIe siècle dans la langue française, se définit comme un processus qui a pour but de tisser des contacts, des liens et des échanges langagiers.

     Du point de vue de la communication, la médiation se décrit comme le principe de mettre en relation l’énonciateur et le récepteur par le biais d’un intermédiaire qui assure la circulation de l’information et qui a pour mission de résorber un conflit ou un écart[1].


(*)Stagiaires Art Mada II.
[1]. J. Caune, « Les territoires et les cartes de la médiation mise à nu par ses commentateurs », Les Enjeux de l’information et de la communication / < http://www.u-grenoble.fr/les_enjeux/2010-dossier/caune/index.html>

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       Quant au mot culture, selon l’UNESCO[1], il se définit, dans un sens plus large, comme « l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances ».

       Nabil-El-Hagar, quant à lui, définit la culture comme « n’importe quel ensemble de signes pouvant définir un groupe social donné et permettant aux individus qui le composent d’interagir par le biais d’un langage qui leur est propre[2] ». Pour C. Taylor, elle se présente comme « un ensemble complexe englobant les savoirs, les croyances, les arts, la morale, les lois, les coutumes ainsi que les autres capacités et habitudes acquises par l’homme en tant que membre de la société[3] ».

        De ce fait, comme l’affirme Francis Jeanson (1973 : 31-32) « la médiation culturelle regroupe l’ensemble des actions qui visent à réduire l’écart entre l’œuvre, l’objet d’art de la culture, les publics et les populations »5. Etant donné que l’art et la culture n’est pas accessible à tout à chacun, elle se présente comme un moyen favorisant  l’accès à la culture pour les populations les plus éloignées et défavorisées.[4]

       C’est pour cela que le ministère français de la Culture et des Communications[5] définit les activités de la médiation culturelle comme des « initiatives qui créent une opportunité de rencontres et d’échanges personnalisés favorisant l’apprentissage et l’appropriation de la culture par les clientèles les plus éloignés de l’offre culturelle professionnelle. Ces actions mettent l’accent sur un travail de contact et permettent de faire le pont entre le citoyen et l’activité culturelle ».

       La médiation culturelle prend aussi un sens éducatif comme le définit le ministère français de la culture et des communications « située à l’intersection du culturel, de l’éducation, de la formation continue et du loisir, la médiation culturelle s’inscrit dans le champ de ce qu’on appelle « l’éducation informelle ». A la différence de l’éducation, au sens usuel du terme, l’éducation informelle n’est ni obligatoire, ni contrainte par un programme exhaustif à dispenser, ni par une validation des acquis à organiser. Ces visées sont tout à la fois  éducatives, récréatives et citoyennes ».

      Si telle est la définition de la médiation culturelle, la médiation culturelle des arts appelée aussi médiation artistique se décrit comme un processus servant à créer des relations, des échanges entre les arts et les individus dont le but est d’interpréter, de donner un sens de l’art et de l’artiste pour que les spectateurs puissent mieux comprendre.


2. http://portal.unesco.org
3. Nabil-El-Hagar, A propos de la culture, tome 2, 2008
4. C. Taylor, The Origins of  Culture, cité in « La rencontre des Cultures », Sciences Humaines, n° 16, 1992
5.  Francis Jeanson, L’action culturelle dans la cité, Seuil, 1973
6. http://www.culture.gouv.fr/culture/politique-culturelle/ville/mediation-culturelle/index.html

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Qui sont les acteurs concernés par la médiation culturelle ?

     Comme il a été déjà dit la médiation est une relation triadique ; elle fait intervenir trois sujets dont, selon Rueda[1], les médias, la médiation et les médiateurs. En ce qui concerne la médiation culturelle, ses acteurs principaux sont, tout d’abord le médiateur culturel (celui qui sert d’intermédiaire) puis viennent ensuite les acteurs culturels (les producteurs culturels et artistiques), ensuite le public (celui à qui le travail de la médiation culturelle est destiné) et enfin les médias (le support du médiateur culturel).

 

Le médiateur culturel

       Avec un bon passeur, n’importe quel art rencontrera son public[2].

       Le médiateur culturel est le nouvel intermédiaire culturel. C’est lui qui se charge de relier la culture et ses acteurs  ainsi que les spectateurs de cette culture (public) dans le seul but est de rendre accessible la culture comme le précise le magazine L’Étudiant[3] en définissant que « Derrière ce titre générique [médiation culturelle], se cachent en réalité des dizaines de professions aux profils riches et variés : chargé de l’action culturelle, programmateur de spectacles, animateur culturel, attaché de presse… Toutes ont cependant un objectif commun: assurer au plus grand nombre l’accès à la culture ».

       « Il arrive que l’art et la culture revêtent des formes tellement insolites et brutales que leur sens semble perdu pour le public. Dès lors, il nous incombe d’être des donateurs de sens, des interprètes[4] ». Dans le domaine de la médiation artistique, le médiateur culturel se doit être l’interprète de l’art et des artistes afin que le domaine artistique soit accessible à un large public.

        Comme son intérêt est de transmettre la culture, il se doit d’être neutre et impartial. Sa mission doit se réaliser sans aucun jugement de valeur.

 

Les acteurs culturels

       Les acteurs culturels sont ceux qui œuvrent dans les arts et dans la culture. Selon leur métier, ils ont trois  missions[5] : i/ la première est de percevoir le public sur les formes symboliques par lesquelles est l’idéal esthétique de leur appartenance sociale comme le cas des arts plastiques ; ii/ la seconde est de conserver la mémoire des formes esthétiques pour qu’il y ait transmissions aux futures générations, tel est le cas l’écriture et de la littérature ; iii/ la troisième mission est de présenter les formes de la représentation aux publics qui représentent la sociabilité, c’est le cas des concerts musicaux ou les représentations théâtrales ou encore les projections cinématographiques.

7. CAUNE (Jean), « les territoires et les cartes de la médiation mise à nu par ses commentateurs », les enjeux de l’information et de la communication, mis en ligne sur http://www.u-grenoble.fr/les_enjeux/2010-dossier/caune/index.html
[2]. C. Clément, La Nuit et l’été, Ministère de la Culture et des Communications, Paris, 2002.
5. <http://www.letudiant.fr/metiers/secteur/culture/mediateur-culturel.html>
[4]. J. Kristeva, Sens et non sens de la révolte, Fayard, Paris, 1996.
[5]. B. Lamizet, La Médiation culturelle, L’Harmattan, Paris 1999.  

 
 

Le public

Le public se définit comme celui qui assiste à des représentations artistiques ou culturelles. Il est composé par des acteurs non connus à la différence des acteurs culturels qui sont des acteurs célèbres.

Le public est un élément très important dans la médiation culturelle étant donné que le travail de la médiation est destiné au public.

 

Les médias

Les médias sont des outils du médiateur culturel. Ce sont les supports avec lesquels le passeur de culture utilise pour diffuser l’information dans le but de représenter la culture dans l’espace public. Ainsi, ces médias font parties de la médiation culturelle.

 

 

Quels sont les enjeux de la médiation culturelle ?

        Plusieurs sont les finalités de la médiation culturelle dont le seul point commun est d’ouvrir la culture à un large public :

 

         Les finalités à l’égard des acteurs culturels

        L’acte de médiation culturelle doit aboutir à un élargissement du public de la culture. Le médiateur culturel a pour mission  d’attirer, de séduire voire de prendre par la main le public pour qu’il puisse accéder à une culture, la mission du médiateur culturel est de mettre en place une stratégie pour faciliter le contact du public avec la culture comme par exemple l’abaissement de tarifs voire la gratuité d’un spectacle, accès aux équipements par des transports organisés ou des horaires adaptés au public en améliorant l’information, l’accueil, le confort des salles[1].

        La médiation culturelle assure aussi le développement des marchés de la culture. Le médiateur culturel se charge de sensibiliser les institutions, les entreprises de production, de distribution ou d’échange voire l’Etat à financer la culture pour que les formes esthétiques soient diffusées dans l’espace public. Cette aide financière recherchée par le médiateur  culturel peut se présenter par exemple sous forme de mécénat[2] ou autre type de financement sans contrepartie.

 

         Les finalités politiques

La médiation culturelle a comme objectif d’assurer la démocratisation de la culture et de l’art.

« Notre préoccupation était primordialement de mettre l’art au contact des hommes, et secondairement, les hommes eux-mêmes en prise sur l’ensemble de la collectivité[3]. »L’art et la culture ne sont pas accessibles à tous, c’est pourquoi les démarches de la médiation culturelle vont permettre la démocratisation culturelle.

[1]. P. Moulinier, Les Politiques publiques de la culture en France, PUF, Paris, 2010.
[2]. Selon ADMICAL, in Le Carrefour du Mécénat d’entreprise, le mécénat est un engagement libre de l’entreprise au service de causes d’intérêt général, inscrit dans la durée, sous forme d’un don financier, de produits, de technologie ou d’un apport de compétences, sans recherche d’impact sur ses activités marchandes.
[3]. F. Jeanson, op. cit.

       Définie par Jean Caune (1999 : 41)[1] : « la démocratisation correspond globalement à la logique de  l’accès à… ».La démocratisation culturelle a pour objectif d’étendre les moyens de diffusion artistique et culturelle.Ainsi les démarches de la médiation culturelle consistent à faciliter l’accès aux arts et à la culture pour une extension du public. C’est pour cela que la médiation culturelle est un moyen permettant d’ouvrir la culture à une population qui n’a pas reçu les clefs nécessaires à son accès. Bref, le but de la médiation culturelle est de mettre l’art à la disposition des publics les plus larges possibles.

 

        Quels peuvent être les métiers liés à la médiation culturelle ?

        Nombreux sont les métiers que peuvent entretenir un médiateur culturel mais en général, ils tournent autour de la mise en relation de toutes formes d’art, de culture, de patrimoine avec le public. Ils favorisent la promotion culturelle en organisant des rencontres avec le public ou en mettant en place des projets culturels.

        Dans le but d’assurer les objectifs de la médiation culturelle, le médiateur culturel peut médiatiser en tant que communiquant en étant  un chargé de production dont l’objectif est de convaincre les producteurs potentiels  d’aider un artiste, une compagnie à monter son spectacle en recherchant des financements.

        Il peut aussi être un chargé de communication ou un attaché de presse, en clair, il élabore les différents supports de communication ou organise des manifestations afin de développer les actions de communication vers un public large et dans le but de faire connaitre les acteurs culturels.

        Le médiateur culturel peut aussi médiatiser en tant que gestionnaire en assurant la gestion de manifestation, d’évènement ou de festival culturel ainsi que l’organisation de programme d’activités culturelles.

        En résumé, les métiers du médiateur culturel sont très variés, mais étant donné qu’il est un passeur de culture, leur point commun est de mettre en place une bonne stratégie pour assurer la rencontre entre un évènement culturel et son public.

 

Qui s’intéressent à la médiation culturelle ?

Les entreprises qui œuvrent dans la culture sont les principaux employeurs des médiateurs culturels. Les institutions culturelles que ce soit publiques ou privées et les entreprises culturelles sont les entités qui s’intéressent le plus à la médiation culturelle.

 

Les institutions publiques ou privées

Etant donné que les institutions, qu’elles soient publiques ou privées, ont pour mission d’assurer la promotion et le développement du patrimoine historique, artistique et culturel, ainsi, elles ont besoin des médiateurs culturels pour assurer la transmission de la culture vers le public cible.

 

Les entreprises culturelles


[1]. J. Caune, Pour une éthique de la médiation, PUG, Grenoble, 1999.

      Les entreprises culturelles, dont les industries culturelles ainsi que les médias, s’intéressent à la médiation culturelle du fait qu’elles assurent le développement, la production, la promotion, la diffusion ou la vente des biens à contenus culturels. Le médiateur culturel est appelé à se charger de la relation entre  toutes formes de l’art, de culture et des populations.

 

Conclusion

Faire de la médiation, c’est mettre l’accent sur la relation plutôt que sur l’objet ; c’est s’interroger sur l’énonciation plutôt que sur le contenu de l’énoncé ; c’est privilégier la réception plutôt que la diffusion[1]. La médiation culturelle ne se décrit pas tout simplement comme une technique de relation au public. Elle se place au centre du processus culturel et a pour objectif d’intégrer l’art et la culture dans la vie quotidienne de la population, d’assurer la démocratisation de la culture et enfin de prendre en considération le public et le mettre au centre de l’action culturelle.

La médiation culturelle est intéressante pour les pays en difficulté culturelle ou ceux qui se trouvent éloigner de la culture à cause des barrières culturelles, socioéconomiques, linguistiques, psychologiques, géographiques, ethnoculturelles, physiologiques. Étant donné qu’elle permet de réduire l’inégalité culturelle existant dans un pays, qu’elle permet au public d’accéder à l’art et à la culture. Ainsi, il est du devoir de l’Etat de soutenir les actions et les acteurs de la médiation culturelle pour promouvoir la culture comme le souligne Jean Caune : « Pour Malraux[2], le pouvoir de l’art était tel qu’il suffisait de favoriser sa manifestation. Le devoir de l’Etat est de faire que l’art touche le plus grand nombre possible de Français[3]. »

Le parcours « médiation culturelle » a été mis en place afin de former des spécialistes dans le domaine de la culture et de l’art. Avec l’existence de ces professionnels en culture, Madagascar peut assurer la valorisation et la promotion des formes d’expression artistique et culturelle. La culture est désormais ouverte à un public plus large. Bref, la mise en place de ce parcours est la clé du développement de la culture à Madagascar.

[1]. <http://www.culturepourtous.ca/forum/2009/PDF/10_Caune.pdf>
[2]. A. Malraux, écrivain français, était ministre des Affaires culturelles en 1959 en France.
[3]. J. Caune, « La politique culturelle initiée par Malraux », < http://www.espacestemps.net>

 

Article paru dans la   Revue MCI n° 56 / 

« La médiation culturelle : clé du développement de la culture »


[1]. <http://www.culturepourtous.ca/forum/2009/PDF/10_Caune.pdf>
[2]. A. Malraux, écrivain français, était ministre des Affaires culturelles en 1959 en France.
[3]. J. Caune, « La politique culturelle initiée par Malraux », < http://www.espacestemps.net> 

 


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