Analyse de la transmission de l’art hiragasy auprès du public rural   publié le 25/03/2014


Analyse de la transmission de l’art hiragasy auprès du public rural

... cas de la troupe Rakotoasimbola Bernard Fenoarivo...

Ce travail de recherche sur l’hiragasy a été effectué par RAZAFINOROVELO Tsiory Hasinjanahary dans le cadre de l’obtention du diplôme de  maîtrise en Lettres et Sciences Humaines, option « Médiation Culturelle ».

INTRODUCTION

L’objectif de ce mémoire est de comprendre comment le public interprète une œuvre artistique et culturelle. Autrement dit, dans une situation de communication, l’existence du récepteur est exigée pour un effet rétroactif d’où le cadre de notre étude. De ce fait, la recherche que nous allons entreprendre concerne le hiragasy, plus précisément au niveau de sa réception et dont l’intitulé du sujet est : « L’analyse de la réception du public rural de l’art hiragasy : cas de la troupe Rakotoasimbola Bernard Fenoarivo ». La prise en compte de l’art hiragasy dans la branche de la communication lui impose de transmettre des messages auprès du public. Cependant, la question se pose si ce rôle de médiation du hiragasy dicté par la communication est accompli. En d’autres termes, est-ce que le message envoyé à partir du hiragasy a des effets auprès du récepteur, entre autres son public ? Quelques hypothèses méritent d’être soulevées de cette problématique. Cette culture est en phase d’exécuter son rôle de médiateur. Cette situation s’explique, d’une part, par les diverses activités communicationnelles qu’elle met en œuvre pour le réaliser et, d’autre part, par la participation importante du public à chaque représentation. Ce qui explique son engouement envers cet art.

               

Les questions qui nous intéressent, axées autour de l’analyse de la réception, ainsi que le terrain nous ont conduits à réaliser de l’ethnomusicologie qui consiste à étudier des faits musicaux de caractère traditionnel des divers groupes ethniques. Ce choix, et cette manière de faire, nous ont laissé entrevoir comment le public comprend une pratique culturelle et artistique. Cette option d’analyse du récepteur nous provient de l’objet d’étude de la médiation culturelle qui se définit comme « l’ensemble des activités qui visent à réduire l’écart entre l’œuvre, l’objet de culture, et la culture ou les populations » selon Jacques Beillerot. Mais aussi, en tant qu’étudiante en médiation culturelle, il est de notre rôle d’examiner « l’espace public qui est le lieu des médiations » d’après Bernard Lamizet dans son ouvrage intitulé : La Médiation culturelle, 1999, L’Harmattan, Paris.

                

                 Etant donné que le hiragasy marque l’identité culturelle malgache, il occupe une place plus ou moins considérable sur le plan culturel. Cette observation s’explique, d’une part, par son rôle principal au niveau de la zone rurale qui rassemble la majorité de la population malgache. Et, d’autre part, par sa faiblesse face à la mondialisation par l’introduction des diverses cultures étrangères qui pourrait aboutir à des problèmes d’acculturation ou de déculturation. De plus, nous pouvons constater qu’à présent, le hiragasy commence à disparaître dans la zone urbaine. C’est la raison pour laquelle l’étude est axée sur les zones rurales où le hiragasy prend une grande place et a encore de la valeur aux yeux du public rural. Sachant qu’une culture est créée par et pour une société, le hiragasy se doit d’être utile à celle-ci. De cette optique, l’observation des réactions de la  population rurale générées par cette culture nous concerne. D’autant plus, le domaine du hiragasy  est encore exploitable même si de nombreuses recherches ont été déjà faites. Les précédents chercheurs sur ce thème sont : Pierre André Ranaivoarson qui a souligné le côté anthropologique et sociologique de l’art hiragasy[1], Françoise Raison Jourdes de son côté a mis en valeur la création du spectacle de hiragasy en l’honneur des ancêtres face à l’enracinement vigoureux du christianisme dans les hautes terres centrales[2] ; Didier Mauro, quant à lui, a soulevé la participation du hiragasy à toutes les étapes majeures de la vie de Madagascar en montrant que le hiragasy est entre rébellion et tradition[3]. Cela montre que ces chercheurs n’ont traité que l’origine, l’histoire et l’évolution de cet art. En d’autres termes, aucun de ces derniers n’a étudié les dimensions de cette œuvre artistique par rapport au public,  d’où l’originalité de notre sujet qui s’intéresse au hiragasy en tant que moyen de médiation culturelle. Ainsi, la sauvegarde du hiragasy est importante car, d’une part, il est un patrimoine national et, d’autre part, il assure plusieurs rôles importants au niveau de la société

                

                Théoriquement, nous allons fonder la recherche sur la théorie de la réception de Jean Caune[4]. Historiquement, cette théorie adoptée qu’il a adoptée provient de la théorie de la réception esthétique de Hans Robert Jauss[5] créée en 1978. Cependant, une nuance se présente sur le domaine d’application de celle-ci. Autrement dit, Hans Robert Jauss l’a créée pour le domaine de la littérature, tandis que Jean Caune l’applique dans le domaine de la communication et de la culture. En effet, sachant que le travail de recherche appartient à ces derniers, la théorie de la réception de Jean Caune nous sera utile pour le réaliser. Ainsi, il s’agit de discuter le concept d’ « horizon d’attente de la médiation » mis en place par Jean Caune, pour l’analyse de la réception du public de Rakotoasimbola Bernard Fenoarivo dans cette étude. Nous nous sommes inspiré également de ce concept établi par l’auteur pour pouvoir analyser le sens des pratiques culturelles auprès du public.

Ce concept apparaît au XXe  siècle, plus précisément en 1999. Nous pouvons en prendre connaissance dans l’ouvrage de Jean Caune intitulé : Pour une éthique de la médiation. « L’horizon d’attente de la médiation » de Jean Caune est constitué par les sensibilités, comportements, modes de perception propres à une communauté culturelle. Dans le cadre de la recherche, cette communauté culturelle sera représentée par le public rural de la troupe Rakotoasimbola Bernard Fenoarivo. La mise en place de ce concept vise plusieurs objectifs… D’abord, celui de prendre en compte les besoins de la médiation figurée par le public face à une œuvre donnée. Ensuite, celui de réaliser le « contrat social » qui est la relation entre le phénomène hiragasy et celui qui en jouit. Enfin, pour comprendre comment une œuvre peut entraîner un changement d’attitude. Certes, ces objectifs ne seront pas effectués sans examiner ce concept en fonction de l’« à présent ». En d’autres termes, étudier les réactions ponctuelles face à une œuvre donnée. Mais aussi analyser la culture qui est ici le hiragasy par le biais d’une expérience esthétique sur le destinataire, entre autres le public de Rakotoasimbola Bernard Fenoarivo. L’auteur examine ce concept en fonction de l’« à présent » mais aussi, par l’analyse de la culture. Ce concept est en rapport étroit avec notre sujet d’étude du fait qu’il consiste à déterminer le sens des pratiques culturelles. Certes, ces significations ne seront expliquées qu’au niveau du public.

 

               Le travail de recherche, étant axé sur l’étude de l’efficacité de la troupe Rakotoasimbola Bernard Fenoarivo par rapport à son public à travers le hiragasy,permet d’appliquer ce concept dans notre analyse de deux manières. D’un côté, par l’intermédiaire de l’approche sociologique en interprétant les chiffres issus de l’enquête faite auprès du public. D’un autre côté, en se référant à la théorie de la communication qui consiste à prendre en compte le contexte spatio-temporel, situationnel et les divers canaux mis en œuvre pour la réalisation de cet acte de communication qui se présente entre la troupe et son public.

           

                Ce travail se fonde sur une enquête de terrain et quelques interviews durant l’année dernière, plus précisément les 18, 19 juillet 2009 et les 12, 27 septembre 2009 dans certaines zones rurales. Nous avons réalisé cette enquête auprès du public que nous avons côtoyé. Pour la réalisation de l’enquête nous avons utilisé un questionnaire simple composé de 8 questions (cf. annexe). L’objectif de cette enquête est de connaître les besoins et les motivations des spectateurs pour pouvoir en tirer des conclusions pertinentes sur les significations de l’art fondées sur le public. Notre corpus renvoie à des catégories de personnes de tout âge, de sexe et d’occupations différents. Nous avons aussi eu des contacts directs avec les membres du groupe. Enfin, nous nous sommes inspiré sur des ouvrages spécialisés en médiation culturelle comme l’ouvrage de Bernard Lamizet : La Médiation culturelle , en communication des ouvrages comme La Culture et communication de Jean Caune et La Communication : de la transmission à la relation de Jean Lohisse.

En outre, nous nous sommes également imprégné des ouvrages sur le hiragasy et la sociologie comme le Hiragasy  de Pierre André Ranaivoarson et La Sociologie de la culture et des pratiques culturelles de Laurent Fleury.

Le mémoire s’articule sur trois points :

D’abord, nous essayons de situer la notion de public dans le contexte de la médiation culturelle ainsi que l’objectif de la médiation culturelle par rapport à notre sujet d’étude.

Nous parlons du hiragasy en général : sa définition, son rôle, et sa place.

Ensuite, nous avons identifié la troupe Rakotohasimbola Bernard Fenoarivo, son historique, ses membres, les divers thèmes et messages traités par celle-ci, les objectifs, la place de la troupe sur le plan culturel et artistique au niveau national et international. 

Enfin, un essai d’évaluation sera présenté en fonction des résultats de l’enquête. Quels sont les aspects positifs et négatifs du hiragasy ? Ses différents impacts sur le public, et apport de solutions face à ses aspects négatifs pour l’améliorer et le pérenniser.   

Le résultat escompté au final est de montrer aux lecteurs, aux artistes et à l’ensemble de la population la place du hiragasy dans la société et l’importance majeure du public.

Nous voulons conserver ce recueil pour servir de référence à tous ceux qui désirent entreprendre dans le futur des recherches sur le hiragasy, plus précisément sur la troupe Rakotoasimbola Bernard Fenoarivo. Les pages annexes rapporteront les informations complémentaires pour mener à bien cet « horizon d’attente » du public.

 

[1]. Pierre André RANAIVOARSON, Ny hiragasy, Editiôna Md Paoly, Antananarivo, 2000.

[2]. Françoise Raison JOURDES, Bible et pouvoir à Madagascar au XIX ème siècle. Invention d’une identité chrétienne et construction de l’Etat, Editions Karthala, Paris, 1991.

[3]. Didier MAURO, Madagascar, Le théâtre du peuple. L’art hira gasy entre rébellion et tradition, Editions Gallimard, Paris, 2000.

[4]. Pour une éthique de la médiation, Presses Universitaires de Grenoble, 1999.

[5]. Pour une esthétique de la réception , 1978, Gallimard.



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