Rencontre avec Haminiaina Ratovoarivony   publié le 10/01/2014


 Rencontre avec Haminiaina Ratovoarivony

On peut faire de bons films avec les moyens existants.

Après avoir reçu le Prix du Public au 10e Festival du Cinéma Africain de Cordoba (FCAT) en Espagne le 19 octobre, le réalisateur de «Malagasy mankany» parle du parcours de son premier long-métrage, depuis sa sortie à Madagascar en décembre 2013.

Dix mois après la sortie du film à Madagascar, il ne se passe pas un mois sans que le film « Malagasy mankany »  ne soit sélectionné dans un festival dédié aux films d'Afrique. Comment vivez-vous le succès de votre premier long-métrage ?

En effet, Malagasy mankany connaît un succès qui va au-delà de mes anticipations, dans le cadre du circuit des festivals sur le thème de l’Afrique. Au début, l’univers des festivals m’a un peu pris de court, par la suite, j’ai plus ou moins cerné l’enjeu. Les festivals ne sont pas là pour offrir des vacances. Ils existent pour donner l’opportunité de partager un travail, une culture et un point de vue. Ils sont là pour faire en sorte que le film touche un public plus large encore, enfin ils sont là pour donner des opportunités, permettre de trouver des partenaires, afin de produire les projets à venir. Pour conclure, avec le succès du film vient beaucoup de travail, mais ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre.

Le film a été sélectionné pour la première fois en février dans un festival américain, au Pan African Film Festival plus précisément, est-ce que ça a joué sur le sort du film ?

Disons que le PAFF a aidé à attirer l’attention du Fespaco, et que c’est la sélection à ce dernier qui a révélé mon premier long-métrage aux responsables de festivals de film sur le cinéma Africain. Et c’est donc après cette deuxième sélection en festival que j’ai été contacté par des personnes intéressées pour faire découvrir le film à d’autres. Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est le Fespaco (Festival Pan Africain du Cinéma de Ouagadougou), c’est le plus grand festival de cinéma africain sur le continent noir.

Jamais le cinéma malgache n'a joui d'une telle visibilité, de l'Afrique en Europe, jusqu'à Hollywood, quel est le secret d'une ascension aussi rapide à votre avis ?

Il n’y a ni secret ni formule toute faite, mais voici quelques repères montrant la démarche que parcourt un film. D’abord, je suis convaincu que, dans la majorité des cas, la passion envers un projet est un élément majeur qui influence le choix des directeurs de festival. Sinon, par rapport à l’élaboration même du film, il faut être sincère dans ce qu’on fait, comprendre ce que l’on fait et le faire sérieusement. Concernant l’accès au circuit de festival, c’est aussi le fait de rencontrer les bonnes personnes au bon moment. Mais je tiens à préciser que les choses se font très rarement toutes seules. Il faut savoir donner sa chance et les opportunités; et ça c’est du travail. 

« Malagasy mankany »  a été réalisé avec pratiquement un budget zéro, pensez-vous que le film malgache peut se suffire à sa propre histoire pour emballer le public ?

Certes, un film c’est avant tout une histoire, mais le cinéma, par contre, ne se résume pas à l’histoire. Il y a d’autres éléments artistiques, techniques et intellectuels qui importent beaucoup pour emballer un public comme vous le dites. Le genre, l’esthétique, le point de vue… le choix des cadrages, de la couleur, de la musique, de l’ambiance sonore et tant d’autres choses encore. Et tout ce que je viens d’énumérer ne veut pas toujours dire coût exorbitant.


Le succès de « Malagasy mankany »  pourrait-il s'expliquer par le fait qu'il existe très peu de films malgaches sur le circuit international, et que les seuls qui y circulent connaissent inévitablement un engouement Qu'en pensez-vous ?

N’expliquer le succès de « Malagasy mankany »  que par le fait qu'il existe très peu de films malgaches sur le circuit international me paraît quand même un trait réducteur.
D’autres films malgaches ont fait quelques festivals dans les cinq dernières années, autant des courts que des long-métrages. Mais, pour une raison ou une autre, ils n’ont pas connu le parcours que Malagasy mankany est en train de faire maintenant. À mon avis, la rareté est un facteur important, mais ce n’est pas l’unique raison. Déjà, le film en lui-même est assez spécial par rapport à tout ce qui se fait dans l’univers du cinéma africain, de plus, il y a quand même un gros travail d’accompagnement pour lui donner les meilleures chances d’être visible. Le travail sur la production d’un film ne s’arrête pas à la sortie de la salle de montage.

À l'issue de la première projection du film à Los Angeles lors du PAFF, vous avez posté un commentaire sur FB selon lequel - je cite - « le film a absolument fait tomber l'audience amoureuse de notre merveilleux pays », qu'est-ce qui a charmé le plus le public américain dans votre film ?

Madagascar en lui-même est déjà un objet de fascination pour l’américain de base. Et quand l’opportunité leur a été donnée de découvrir le pays par le point de vue de quelqu’un qui y est originaire, et de surcroît par le vecteur du cinéma ; pour la plupart des spectateurs, la fascination a glissé vers l’émerveillement. Et à la fin des séances de projection, beaucoup ont témoigné de leur amour naissant pour notre pays et notre culture. Quand une salle de cinéma entière tient à vous serrer la main en vous remerciant à la fin d’une projection, c’est qu’ils ont été touchés par ce qu’ils ont vu: dans ce cas, Madagascar et les Malgaches.

Jusqu'où voulez-vous aller avec « Malagasy mankany » ? Comment voyez-vous l'avenir du film ?

Mise à part la démarche artistique et intellectuelle du projet, l’un de mes principaux objectifs avec ce premier long-métrage était de démontrer à mes compatriotes qui veulent faire du cinéma qu’il était possible de faire des long-métrages de fiction avec les moyens existant à Madagascar, et que ces films peuvent être appréciés autant du public malgache que du public international. À voir « Malagasy mankany »  projeté sur des écrans américains, européens et africains et de surcroît gagner un prix du meilleur long-métrage en France, le prix du jury de la section diaspora à Hollywood, un prix du public en Espagne et une mention spéciale du jury au Maroc; tout cela m’a fait gagner mon défi original.
Maintenant, tous mes efforts vont dans le sens de trouver un moyen pour que le film soit vendu sur le marché international. Et si cela est possible, même à moindre échelle, cela nous prouvera que chaque réalisateur en herbe peut y arriver. Même qu’il devrait pouvoir pousser le bouchon plus loin encore, maintenant que « Malagasy mankany » a ouvert la porte.

Pouvez-vous nous parler de votre prochain projet ?

« Malagasy mankany » fait partie d’une trilogie; une trilogie d’idées et non d’histoires. Avec ce premier film, j’ai exploré les problèmes internes à Madagascar, et par extension en Afrique. Avec les deux autres volets, je me pencherai sur la relation Nord-Sud et Sud-Nord. Quand les occidentaux immigrent chez nous, qu’est-ce qu’il se passe. Et quand les gens du sud émigrent vers le Nord, que se passe-t-il 

En ce qui concerne l’aspect de la production, mon but est de faire en sorte que les deux films suivants ne soient plus autoproduits. L’objectif serait de faire une coproduction européano-malgache pour l’un et une coproduction américano-malgache pour l’autre. Par rapport à cela, je souhaiterais passer un message aux jeunes réalisateurs malgaches qui voudraient faire du cinéma : « Arrêtez d’espérer l’arrivée du producteur milliardaire qui va financer vos rêves, car il ne viendra pas tant que vous n’aurez pas montré vos capacités. Faites votre premier film avec vos propres moyens. Faites-le bien, et s'il se fait remarquer par les bonnes personnes dans le cadre des festivals ou autres, vous aurez éventuellement une chance pour que votre prochain projet intègre un modèle de financement professionnel. Il va de soi qu’il faut avoir un certain talent dans cet univers ».

Source : www.lexpressmada.com

 

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Bande annonce de "Malagasy Mankany":

 

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