Madame Zo... matières sans titre…   publié le 30/09/2013


Madame Zo... matières sans titre…

Film documentaire sur le travail de cette dame pas comme les autres, qui n’a de cesse d’offrir depuis une vingtaine d’années un nouvel élan au tissage malgache.

« [… ] Ce que j'aimerais faire c'est, lors d'un vernissage, tisser toutes les mains des invités ensemble... je les tisserai moi-même.

Une fois tissées, je mettrai une toile pour qu'on ne puisse plus les défaire.

Je fermerai la porte et m'en irai. Je les laisserai là... toutes ces personnes tissées entre elles. [… ] »

(Extrait « Madame Zo... matières sans titre… »)

 

Sur une idée originale de Mme Zo et du projet de coopération franco-malgache Art Mada 2.

 

Mme Zo (artiste-tisserande) et l’équipe de Homemade Cinema and Technology Madagascar (maison de production audiovisuelle) nous confient leur aventure inordinaire autour de la réalisation du film documentaire « Madame Zo... matières sans titre… » (70 mn).

Le pourquoi du projet

Mme Zo : C’est un projet qui me tenait énormément à cœur — sortir mes tissages des espaces habituels de « monstration » (galeries, salons, hôtels…) et les voir vivre dans des lieux inattendus — ou « disqualifiés » diront certains ! J’en avais parlé à la responsable du projet Art Mada 2 dès 2011, lors de NU / Naturellement Urbain. Je lui avais dit qu’un jour avec une roulotte et des malles de tissages je partirai sur les routes à la rencontre de publics autres et souvent négligés par les artistes. La ruralité n’intéresse pas grand monde des fois ! Finalement, ça n’a pas été dans une roulotte mais dans un bus que j’ai sillonné la RN7, d’Antananarivo à Antsirabe, et avec l’équipe de Homemade Cinema and Technology Madagascar, maison de production audiovisuelle sélectionnée par Art Mada pour capter cette aventure. L’idée donc a été de faire sillonner en bus mes malles de tissages et d’essayer d’implanter temporairement de la poésie « tissées » dans des lieux communs, parfois négligés par les artistes pour créer des espaces de participation avec des passants, des habitants de la campagne, le hasard des rencontres et des réactions… là était mon désir, et mon désir tout en prenant vie prenait images grâce au suivi attentif de Homemade Cinema and Technology Madagascar !

 

Homemade MG : Faire une exposition itinérante pour provoquer /  favoriser la rencontre entre ses œuvres et le public, c’est un acte généreux et responsable. Mme Zo est, pour nous, une artiste citoyenne et engagée ; elle mérite d’être mieux connue à Madagascar. Ce film cherche à promouvoir le travail de cette femme-artiste (elles ne sont pas si nombreuses que cela dans la Grande Île !). Vu la conjoncture actuelle à Madagascar, on se sent habités d’une mission, celle de (re)faire rêver les gens, de les enthousiasmer, de leur apporter un peu de beauté et de poésie. Sortir des thèmes traditionnels, des leitmotive liés à Madagascar : la pauvreté, les parcs animaliers, la mer, la violence… et réaliser un film documentaire qui traduise avec humour et tendresse l’univers inouï, inattendu de cette artiste qui s’est toujours faite discrète.

La phase de repérage

Homemade MG : En janvier dernier, nous avons effectué un premier voyage sur la RN7 pour déterminer les lieux d’exposition, collaborer avec les acteurs locaux, demander les autorisations... Il était prévu de ne filmer que l’exposition itinérante puis nous est venue l’idée de suivre à la trace tout le processus de création : du choix des matières à leur (re)mise en vie / en scène, leur réinterprétation par Mme Zo dans son atelier.

Mme Zo : J’ai choisi les matières et les endroits à investir en fonction du paysage, du savoir-faire des populations qui vivent tout au long de la RN7 et des produits locaux. J’ai particulièrement eu un coup de cœur pour Masoandro, ce croisement phare entre la verdure et la route. Sans oublier, la réputation d’Ampatolampy pour son travail de l’aluminium ou encore les  magnifiques fruits de Mandraz... En choisissant chaque matière (pain, pierre, fruit, légume...), je me suis déjà imaginé comment les « habiter » et quel serait le décor, la scénographie adaptée. Un tableau végétal est, par exemple,  plus vivant lorsque les rayons de soleil le traversent. Je me suis toujours posé comme défi de produire des œuvres que moi-même je ne pourrais pas critiquer. Je ne cherche pas la perfection et la beauté, j’aime juste créer des œuvres qui fassent sens avant tout.

L’exposition itinérante,  une aventure inordinaire

Mme Zo : Une fois tous les tableaux terminés, j’étais fin prête à sillonner la RN7 avec mes malles de tissages. ON était fin février. Les curieux étaient fascinés par mes œuvres. Ils étaient confrontés à « quelque chose » d’inédit et de… curieux. L’étrangeté de l’art qui venait à leur rencontre… J’aime créer ces espaces de rencontres / participation et démontrer qu’on peut redonner une seconde vie, un souffle nouveau aux matières de tous les jours, les réutiliser pour en faire des œuvres d’art. C’était une façon pour moi aussi de montrer que la création artistique  peut rimer avec démarche éco-responsable. De faire parler l’environnement autrement…

Homemade MG : En rencontrant les tableaux de Mme Zo, les gens sont amenés à ressentir avec force l’existence du monde / des mondes, à (re)poser un regard attentionné, émerveillé sur les « choses  de la vie ». Ils ont été fascinés à la fois par la qualité et l’originalité des tableaux. Côté réalisation, on a dû pas mal improviser et faire avec les aléas propres à la saison cyclonique. De détournements en détours, les conditions météorologiques ont donné une belle ambiance au film. Les premiers rayons de soleil qui percent après une longue pluie jaillissent à travers les tableaux comme des étincelles qui ravivent une flamme.

Le mot de la fin

Homemade MG :  « Madame Zo... matières sans titre...»   est le premier documentaire long métrage malgache réalisé en 3D.  Il sera bientôt diffusé dans les salles de cinéma telles que le Ritz. On espère aussi que ce film attirera l’attention outre-Madagascar.

Mme Zo : J’ai beaucoup apprécié de travailler avec l’équipe Homemade MG. En tant que  diplômés de la filière Médiation culturelle, ils portent un « autre » regard sur mes œuvres, une sensibilité qui a conduit à la production de ce documentaire en écho avec mon univers.

La route est toujours aussi longue ! Les idées foisonnent dans ma tête. Et les projets ! En attendant, je vous invite à mon exposition « ... matières choisies... » qui se tiendra du 6 au 25 mai à l’IFM Analakely — une nouvelle aventure au cœur des matières.

« Madame Zo... matières sans titre… » // Réalisation : Manohiray Randriamananjo (Manran) // Production exécutive : Lanto Fehizoro Ranirison (Khafez) // Homemade Cinema and Technology Madagascar, sur une idée originale de Mme Zo et du projet de coopération franco-malgache Art Mada 2.


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