Zoë Johnson : « La danse est une manière de vivre»   publié le 30/09/2013


Zoë Johnson : « La danse est une manière de vivre»

A la fois chorégraphe – danseuse et directrice artistique de la Cie Tahala, Zoë Johnson nous raconte en long et en large son rapport intime avec la danse.

La danse à vos yeux ?

Je n’ai pas choisi la danse, c’est elle qui m’a choisie. Je pratique cette discipline depuis mon enfance. J’ai intégré un club de danse au lycée, et depuis, c’est à la fois une passion et un métier. J’ai débuté avec la danse de salon et la danse moderne. Mais c’est en 1996 que j’ai découvert les joies de la danse contemporaine aux côtés d’Ariry Andriamarotsiresy de la Cie Rary. Pour moi, la danse est un mode de vie. Je ne fais que ça et je ne sais faire que ça ! A travers la danse, je peux m’éduquer et éduquer les autres. Je ne fais pas de la danse uniquement pour la commercialiser. Cette discipline m’a appris et m’apprends encore beaucoup de choses. Les qualités que j’ai acquises viennent de la danse : la résistance, la persévérance, l’endurance, la patience. J’apprends à les mettre en pratique lorsque je suis face à des situations complexes. D’autant plus que c’est un outil pédagogique qui permet aux personnes de retrouver des valeurs communes.
 
Tahala, pourquoi avoir choisi ce nom pour la Cie ?

J’ai créé la Cie Tahala en 2003. Le nom de la compagnie signifie « espace». J’estime que la danse exige de l’espace, à commencer par le niveau intellectuel, c’est-à-dire être libre d’esprit. Il faut également de l’espace physique quand on danse avec les autres et l’espace géographique.
Qu’en est-il du maintien du corps ? Racontez nous vos préparatifs avant un spectacle.

En danse, le maintien du corps se fait quotidiennement, pas seulement avant les spectacles. Le corps est un instrument, c’est notre outil de travail. Il faut en prendre soin. Comme tous les artistes, je m’entraîne tous les jours en salle ou pendant les répétitions. Je pratique également le yoga. Tout ça, il faut l’accompagner d’une alimentation saine, beaucoup d’eau et de fruits et légumes, entre autres.
 
Où puisez-vous l’inspiration qui vous anime et qui fait de vous une artiste à part entière ?

Mon inspiration, je la puise dans mes expériences et surtout dans la nature. Mon style est différent de ce que j’ai appris à l’école Rary ou à Dakar. Je me réfère beaucoup aux mouvements du requin et à son attitude. J’ai également rencontré beaucoup de chorégraphes pendant mes voyages que ce soit aux Etats-Unis, à Lisbonne ou en France. J’ai pu découvrir d’autres bases. Je peux dire que j’excelle dans l’art de l’improvisation. C’est une qualité à avoir lorsqu’on est danseur mais qui exige une grande expérience. Sur scène, les choses ne se passent pas toujours comme nous l’avons prévu.
Quelles sont vos influences lorsque vous créez une pièce chorégraphique ?

Toutes les pièces que j’ai écrites notamment « Sambo Fotsy », « Match », « Mpiaza rivotra » ou « Temple Magique » (grand prix du Jury au Festival I’trôtra 2008 à Antananarivo) tournent autour de trois thèmes principaux : l’environnement/nature, les relations entre les hommes et la vie sociale à Madagascar. Au sein de la compagnie, nous créons les mouvements en fonction des thèmes. Par exemple, j’ai écrit une pièce s’intitulant « Tsingy », en référence au Tsingy de Bemaraha. Il fait partie des patrimoines malgaches et mondiaux qui me fascinent. Quand nous évoquons Madagascar, nous avons l’habitude de parler de la pauvreté ou de la crise. Alors que le pays possède des richesses naturelles incroyables qu’il faudrait mettre en valeur. Pour le moment, « Tsingy » n’a pas encore été révélé au public. Je l’ai écrit en 2008 et j’espère pouvoir le mettre en forme d’ici peu.
 
Pouvez-vous nous parler de votre pièce préférée, celle dont vous êtes le plus satisfait, et nous expliquer pourquoi ?

Euh ! Disons, ma pièce chorégraphique « Match » bien qu’elle soit encore en phase de progression. C’est une pièce dansée par sept artistes, il est des comédies à la portée de tous car la pièce parle du train train quotidien. La vie est un match. Aussi la manipulation des costumes fait partie de la scénographie à part entière (la métamorphose des chapeaux en cravates puis en cape, en « sikina an-tratra », en jupe). Que d’euphorie depuis le début jusqu’à la fin de la pièce ! Les artistes sont composés des danseurs hip-hop et contemporains.

Une petite anecdote à raconter à nos lecteurs?

Lorsque je projetais de monter ma pièce chorégraphique « Tsingy », avant de me rendre sur place j’ai demandé des informations à une amie et un passant à l’oreille pernicieux a entendu notre conversation sur le « Tsingy » et nous a surpris dans ses propos « à quoi sert d’observer ou de visiter ces endroits couverts de pierres, ce ne sont que des pierres ? lance-t-il, en malgache « vatovato fahatany io andaniana andro !». C’est pourtant vrai mais le « tsingy » est tout de même classé par l’UNESCO comme patrimoine mondial.
 
La mission d’un danseur selon vous ?

La danse sert à communiquer. C’est un dialogue permanent, que ce soit entre les danseurs (durant les solos ou les représentations en groupe) ou entre les danseurs et le public. Il y a également l’aspect éducatif car la danse est aussi une manière de vivre (travail d’assouplissement, d’endurance, de persévérance, de volonté, d’humilité et de confiance).

Quels sont les problèmes majeurs auxquels les danseurs malgaches sont confrontés ? Des solutions à proposer ?

Je constate que la plupart des danseurs malgaches manquent de confiance en leur talent, d’autant plus qu’il n’existe pas encore ni institut agréé, ni conservatoire à Madagascar, qui reconnaissons-le, sont de véritables batteries de promotion et d’enseignement artistique. Je trouve qu’il devrait y avoir plusieurs écoles de danse et même un conservatoire, pourquoi pas ?! Ou encore une école dédiée aux Beaux Arts, des centres professionnels, des lieux de spectacle accessibles à tous les artistes Malagasy.

D’après vous, quel avenir pour les danseurs malgaches d’aujourd’hui ?
A partir du moment où les compagnies de danseurs sont structurées: avoir une salle d’entrainement (atelier), des activités régulières comme enseigner la danse ou faire des spectacles pour que les danseurs puissent gagner leur vie.
Un message pour les danseurs néophytes qui veulent percer dans ce métier ?
Aimer la danse ne suffit pas pour devenir professionnel, il faut s’entrainer tous les jours et surtout s’entraider pour réussir. Aussi, à ne pas rater les rencontres et les échanges lors des événements culturels (festivals, performances, conférences-débats...). Pour mon cas par exemple, je m’entraine tous les jours, j’ai une salle de répétition, j’anime un atelier de danse pour tout âge, j’organise un festival notamment « Mitsaka » chaque année.
Un mot sur le Festival Itrôtra ?
J’ai beaucoup d’estime pour le festival I’trôtra et j’y assiste pratiquement chaque année. Ma création « Temple magique » a obtenu un grand prix du jury en 2008. L’équipe de festival Mitsaka et moi-même avons essayé de proposer un projet passerelle entre les deux festivals en 2011 mais cela est malheureusement resté en gestation. Et nous sommes désolés de ne pas pouvoir assister au Festival cette année, en raison de circonstances imprévues. Toutefois, nous saluons l’intelligence des organisateurs d’avoir fait d’I’trôtra un tremplin pour les danseurs malgaches de tous horizons.
 

 

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