Encadrement des musiciens malgaches : une nécessité   publié le 21/03/2014


Encadrement des musiciens malgaches : une nécessité

Christophe David, directeur artistique de Libertalia Music Festival, programmateur et producteur de Fety Gasy à La Réunion, travaille depuis de nombreuses années à l’émergence et la (re)connaissance de nouvelles musiques malgaches.

Il nous livre ses impressions sur les séances d’encadrement des groupes participant au Libertalia Music Festival 2014, qui se sont tenues en amont des showcases.

Comment s’est passé le coaching  pour cette deuxième édition de Libertalia ?

Cette année, j’ai eu plus de temps avec les artistes, soit un jour et demi par groupe, ce qui me laissait largement  le temps pour qu’ils m’apprivoisent, que je comprenne leur musique et ce qu’ils voulaient faire de manière à travailler ensemble de façon sereine, jusqu’à co-construire le set complet. Nous avons retouché quelques morceaux, notamment au niveau des arrangements et des nuances. Nous avons établi le choix, la liste et l’ordre des morceaux. Ensemble, nous avons revu toute la partie scénique (place des musiciens, mouvements, mise en scène, interventions au niveau du public…). Il s’agissait plus d’une résidence de création que de coaching. On s’enfermait, on restait dans un état d’esprit de production de spectacle puis on fusionnait.  J’étais à la fois le regard extérieur porté sur l’ensemble de leur travail et leur premier spectateur. C’était à eux de faire en sorte que je ne décroche pas de leur concert. Il s’agissait d’un travail complet sur la direction musicale et scénique. Cette année, à mes côtés, nous avons aussi eu le plaisir de travailler avec Hervé Lebeau, chorégraphe et coach scénique français de renom.

Quels sont les enjeux d’un tel encadrement ?

A Madagascar, la créativité et la vitalité musicale constituent une des grandes richesses du pays. Les artistes locaux ont du talent à revendre mais ont du mal à s’exporter à l’étranger. D’où l’intérêt d’un tel encadrement pour les aider à atteindre ce niveau de professionnalisme fixé par le marché international. Si on prend par exemple le cas de Silo, avant il avait une image de jazziste incompris qui faisait un genre de musique élitiste jugée compliquée. Après sa participation à la première édition de Libertalia Music Festival en 2013, il fallait qu’il choisisse un genre particulier. J’ai toujours  trouvé que Silo était un rocker. Il a une attitude, une voix, une puissance et un charisme assez rock. Nous avons ainsi retravaillé sa musique de manière à ce qu’il se rapproche plus du public et casse cette image de musique élitiste. Son répertoire nous immerge désormais dans un univers pop rock avec un soupçon d’électro. Depuis 2013, nous avons ainsi organisé des spectacles pour voir les réactions du public face à sa nouvelle direction musicale. Ce genre d’encadrement et de remise en question manque vraiment à Madagascar. Quel chemin emprunter pour réellement intéresser à la fois le public et les professionnels ? Telle est la question fondamentale que devraient se poser les groupes désireux d’avoir une place à la fois sur le plan national et international.  

 

 

Comment  les musiciens réagissent-ils à vos conseils ?

J’ai pu constater que les musiciens malgaches sont attentifs et en demande de conseils (savoir-faire et savoir-être). Les musiciens ont vraiment soif d’encadrement pour percer dans ce métier. La majorité s’est bel et bien prêtée au jeu. Même si en musique, il est généralement difficile de demander des conseils extérieurs, ils ont été assez souples dans l’écoute. Ils m’ont laissé proposer. Je ne leur ai jamais rien imposé. Tous les choix leur appartenaient. Je leur ai juste montré les astuces nécessaires pour bien préparer et maîtriser leur prestation afin de décrocher des contrats pour intégrer le circuit international. Plus qu’un art, la musique est un vrai métier. Voilà pourquoi je leur ai expliqué qu’ils sont des collègues de travail sur scène, pas des « copains ». Il faudrait qu’il y ait cette complicité professionnelle qui leur donne plus de chance de (re)créer une véritable cohésion pour que la synergie passe entre chaque musicien. Cette synergie que le public doit absolument ressentir pour apprécier l’ensemble de leur travail.

Vos impressions sur les groupes participants ?

Par rapport à l’édition précédente, le niveau des groupes est très bon. Les résultats sont probants. Les dix groupes ont donné le meilleur d’eux-mêmes durant les prestations. Ils ont su puiser dans leurs sources respectives malgré les nouveaux arrangements apportés à leur répertoire, ce dans l’optique de faire correspondre leur produit aux attentes des professionnels étrangers. Pour ma part, la majorité de ces groupes ont parfaitement rempli le contrat qu’on attend de la musique malgache : savoir tenir une scène, envoyer de l’ambiance, tout en ayant une finesse parfaite.

Avec sa voix qui porte, Onja est  plutôt traditionnelle. Elle a beaucoup suivi mes conseils. On a travaillé sur son répertoire, ce qui nous a menés à une  musique Antandroy (Sud de Madagascar) très intéressante et bien travaillée, avec une danse assez transcendante.

J’ai également eu l’occasion de travailler avec Mirhay et Nicolas Vatomanga. Nous avons retravaillé ses morceaux, ancrés dans la tradition musicale Betsileo. On s’est beaucoup focalisé sur l’aspect vocal. Mirhay est une  artiste très habitée qui mérite vraiment sa place sur scène. Personnellement, elle fait partie des grandes découvertes de ces trois soirées.

Un des groupes qui m’a aussi le plus marqué a été Moajia. Le leader vocal a ce « truc » particulier, cette voix à la Nilda Fernández. Leur genre musical est une belle fusion.  Toutefois, ils sont plutôt nombreux sur scène, il faudrait peut-être revoir cet aspect-là, cela fait partie des exigences d’une tournée internationale. 

Quant à Mafonja, il a les capacités de se faire connaître à l’international. Sa musique, basée sur le style reggae a beaucoup évolué depuis la première édition du LMF. On a travaillé sur son répertoire pour qu’il y ait plus de rythme et de dynamisme.

Avez-vous un message pour les artistes qui veulent percer dans ce domaine ?

Je dirais qu’il est inutile d’être stressé avant les prestations, il faut juste rester  tranquille, profiter et prendre du plaisir. Être sur scène c’est un moment particulier où on se transcende. Après les trois jours de showcases, c’était intéressant d’avoir les avis des programmateurs extérieurs. Ici c’est ça le manque, cet échange. C’est très dur de sortir de l’île et personne ne vient. D’où lorsque les occasions comme Libertalia Music Festival se présentent, il faut en profiter et vite déposer sa candidature pour y participer.

Plus d’infos:

Facebook : Libertalia Music Records

Pour découvrir notre annuaire des musiciens malgaches : Annuaire artiste

 

 

 


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