Riri : « Le talent peut faire vivre »   publié le 31/01/2015


Riri : « Le talent peut faire vivre »

On l’appelle Riri. Bédéiste et militant pour le développement du neuvième art à Madagascar, on lui a laissé le soin de nous croquer son aventure dans le monde du dessin.

Vous faites partie des bédéistes malgaches de la nouvelle génération. Qui est Riri en quelques mots ?

Tojoarisoa Rindraniaina Razafindrabe de mon état civil, mais plus connu sous le pseudonyme RiRi ou RiRi Krootamby, est dessinateur, illustrateur et bédéiste. Si auparavant mon style était tourné vers la BD réaliste, j’ai expérimenté d’autres genres et styles de BD. Aujourd’hui, on me connaît surtout pour mes BD humours à travers mes publications Ambalank'soa, Bête penseur ou encore Animosité. Grâce à ma participation active à des stages encadrés par des dessinateurs professionnels étrangers comme Laval Ng et Barly Baruti, j’ai pu évoluer en autodidacte, comme tant d’autres bédéistes malgaches, pour affiner mes techniques. J’ai également travaillé comme portraitiste et caricaturiste aux côtés d’Andry Patrick dans l'émission Coulisse on TV sur TV Plus.  Je suis actuellement membre fondateur de l'association de bédéistes Tantsary et j’ai fondé le collectif BDôzy. J'ai participé au festival Gasy Bulles depuis 2007, et j’en suis actuellement son directeur artistique.

 

 

Votre déclic pour la BD ?

Quand on m’a demandé ce que je voulais faire quand je serais grand, je disais toujours "devenir prêtre" ! Catholique pratiquant, j’ai commencé par dessiner des prêtres et des évêques en maternelle. Depuis mon enfance, j’ai toujours cultivé cette passion pour les arts visuels (dessin, peinture et maquette miniature). Vivant à la campagne, à Andilanatoby, mon village natal dans la région Alaotra, j’ai été habitué à la lecture de BD et de livres illustrés. Ma première source d’inspiration reste les BD malgaches d'antan comme Koditra, Benandro, Liza, Tsimatimanota et autres, mais aussi par les classiques franco-belges. Depuis, j’ai commencé à tracer mon chemin dans le monde professionnel.

Quelle place pour la BD dans le monde professionnel à Madagascar ?

Travailler dans le monde du dessin n'est pas encore considéré comme un vrai métier à Madagascar. Il n'y a ni statut de dessinateur, ni statut de bédéiste. Néanmoins, beaucoup de bédéistes et dessinateurs gagnent leur vie en travaillant pour des ONG ou d'autres structures comme les journaux. A l'étranger, les bédéistes sont payés par leurs éditeurs, alors qu’à Madagascar si un bédéiste veut publier une œuvre, il est obligé de s’autofinancer.

Néanmoins, peut-on en vivre ?

Oui, le talent peut faire vivre. Pour mon cas, même s’il n’y a pas encore de statut socioprofessionnel bien défini du bédéiste, cela permet de payer mes factures et autres besoins du quotidien. Comme le dit Barly Baruti, il suffit seulement de trois choses pour pouvoir y arriver : "le travail, le travail et le travail" !

Y a-t-il des projets que vous avez menés auprès des institutions ?

Travailler auprès des institutions constitue ma première source de revenus. J’ai déjà collaboré avec Handicap International, Unicef, PSDR, IFM, AFT, Ultima Média, Alliance Voahary Gasy et d'autres ONG en tant que dessinateur-illustrateur. Travailler avec ces structures est, selon moi, une manière pour les dessinateurs malgaches de contribuer au développement du pays.

Qu’en est-il du collectif BDozy ?

Le collectif BDôzy est un label de BD fondé en 2011. Il regroupe actuellement cinq dessinateurs mais il est ouvert à tous ceux qui veulent l’intégrer. BDôzy a été créé  dans l’optique du partage de connaissances et d’expériences entre les bédéistes malgaches. Ce collectif prévoit de créer une ligne d'édition, mais il reste encore beaucoup à faire surtout au niveau de la recherche de financement.

 

 

 

 

Votre vision de la BD malgache d’aujourd’hui ?

La BD malgache d'aujourd'hui a du mal à atteindre un réel succès comme elle l'a connu dans les années 1980 et 1990. Le manque, voire l’absence, d'éditeur en est la principale cause. Il s'agit d’un investissement à risques pour eux, car le problème de la "culture du livre" persiste à Madagascar. La majorité des malgaches préfère regarder un bon film ou une bonne série TV pour passer leur temps. Mais il ne faut pas perdre espoir, la BD malgache est loin de s’éteindre. D’autant plus qu’il existe encore des productions et des autoproductions qui marquent cette volonté des bédéistes malgaches de s’affirmer. Sans oublier bien sûr de mentionner le festival annuel Gasy Bulles qui fête son 10e anniversaire cette année. J’encourage vraiment mes amis bédéistes à cultiver cette passion qui les animent.

Un mot sur la 10e édition de Gasy Bulles...

Pour cette 10e édition, le comité d’organisation s’est démarqué pour offrir aux bédéphiles plus d’activités. Au rendez-vous, nous avons huit expositions : « Dessin et développement» à l'Institut français de Madagascar, « Rétrospective 10 ans » toujours à l'IFM, « Des chansons (d'Ifanihy et de Lolo sy ny Tariny) à la BD » à l'Alliance française de Tananarive, « Jejy Voatavo hommage à la conteuse Marthe Rasoa » aussi à l'AFT, « Gisèle Rabesahala » à l'OFNAC, « L'inisible-Visible » à l'Université d'Antananarivo, « Zombulles » à Is'art Galerie, « VokaBD » sur le parvis de l'Hôtel-de-Ville. Il y a également d’autres activités : concours de BD, tables-rondes, ateliers, concert avec Ifanihy et Tselonina accompagnés de dessinateurs sur scène... Cette année, nous avons accordé une place importante à la nouvelle génération, même si les aînés  (comme Ndrematoa et Roddy) seront toujours présents. Au total, une trentaine de dessinateurs issus de diverses associations (Tantsary, Manga Matsuri et autres) ou non, sous la direction de l'association Twanora, participent à cet engouement pour le neuvième art malgacche.

Ici, l’annuaire des bédéistes malgaches : Lien vers fiches BD

Lexique :

La BD réaliste: lien

 

 


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