Cap sur les hainteny malgaches   publié le 30/09/2013


Cap sur les <i>hainteny</i> malgaches

En un siècle, le hainteny croit au pari d’un retour en force. Les domaines où il peut s’épanouir restent infinis…

Mais qu’entend-on par hainteny? Figurant parmi les arts oratoires traditionnels malgaches, le hainteny [essai de traduction / hay : connaissance / savoir acquis, teny : paroles / propos] se présente habituellement sous forme de poème court où on part de généralités anodines pour ensuite en arriver subitement au sujet proprement dit selon un mécanisme d'association subtile appréciée des connaisseurs. Le sujet en question est presque toujours en rapport avec la quête amoureuse.

On aurait tort de réduire les hainteny à leur composante érotique. Ils touchaient aussi à des points d’actualité, mettant en avant des problématiques sociales, comme la solidarité, le partage, la paix. Un peu comme les messages qu’on retrouve dans le hiragasy actuel, explique Juliette Ratsimandrava, présidente de la section lettres et arts de l’Académie Malgache, elle est également responsable du centre des langues au Tahala Rarihasina.

[Extrait: www.nocomment.mg ]

Auparavant qualifiés de « proses poétiques » (Baker, 1832), de littérature proverbiale (Freeman, 1838, Webber, 1835) ou de simple figure de style (Griffiths, 1854), ces « poèmes de joute oratoire » merina (hauts plateaux) sont aujourd’hui ravivés dans d’autres performances artistiques. Souvent méconnue des jeunes générations, elle n’en montre pas moins une belle vitalité… Les jeunes ne savent plus vraiment ce que c’est. Elles ne connaissent pas Jean Paulhan - et sa parution sur  «Les hain-teny merinas: poésies populaires malgaches » -, ni même Rabearivelo qui a largement puisé dans cette tradition. Pourtant ils font du hainteny sans le savoir quand ils pratiquent le kabary (art du discours), la chanson, le rap ou le slam…, ajoute Juliette Ratsimandrava.

2013 : célébration du centenaire de l'édition des « hain-teny merinas » par Jean Paulhan

2013 est marquée par la célébration du centenaire de l'édition des « hain-teny merinas » par Jean Paulhan. En cette occasion, l'élite malgache (chercheurs) opte pour la réappropriation de ces trésors culturels. Les travaux se pencheront sur la valorisation et l'enrichissement de ces « joutes oratoires poétiques ». Le lancement des activités s’est tenu le 24 mai dernier à l'Académie malgache à Tsimbazaza.

L'un des défis, dans le cadre de ce travail, relève de la collecte des hainteny. Si, il y a quelques temps, le hainteny a été surtout considéré sous le fanion merina, les académiciens s'accordent maintenant à dire que ce genre littéraire possède une dimension nationale. Dans le Antsa Sakalava, on retrouve le hainteny et les exemples sont nombreux de région en région. Une fierté pour la culture malgache, d'autant plus que par la mainmise de cette « poésie populaire », la poésie mondiale a connu un grand bouleversement. Grâce à Jean Paulhan et au hainteny, la littérature universelle s'est révolutionnée. Dans les versifications, l'utilisation des quatrains, par exemple, a été affectée, renchérit Suzy Ramamonjisoa, membre du comité du centenaire et responsable du Centre de recherche et d’intervention culturelle (Fombandrazana sy Fivoarana)

Dans le cadre de cette célébration, l'élite malgache (chercheurs) opte pour la réappropriation de ces trésors culturels. Les travaux se pencheront sur la valorisation et l'enrichissement de ces « joutes oratoires poétiques ». Le lancement des activités s’est tenu le 24 mai dernier à l'Académie malgache à Tsimbazaza.

Le hainteny traduit l'intra-duisible, atteste Suzy Ramamonjisoa. Voilà comment cette éminente chercheure considère ce genre littéraire oral. Parce que, on a beau possédé cette richesse culturelle depuis un siècle, aucune équivalence n'a été trouvée dans d'autres langues. Même Jean Paulhan a mis un – s – pour le mettre au pluriel, soutient Nalisoa Ravalitera, écrivain et membre de l'Académie Malgache. Ainsi, hainteny devient haintenys sur l'écrit. Chez les érudits du pays, traduire ce mot équivaudrait à jeter Le Graal aux ordures. L'humeur, les sentiments sont à sa source. Des sentiments malgaches, alors il est impossible de le traduire dans d'autres langues, ajoute Nicole Rambelo, tradipraticienne et membre de l'Académie malgache.

[Extrait: www.nocomment.mg ]

En un siècle, le hainteny croit au pari d’un retour en force. Les domaines où il peut s’épanouir restent infinis. Évoquer le hainteny, c'est entrer dans le développement de la langue, entrer en intelligence avec l'artistique, ajoute Beby Rajaonesy. Un champ aussi large qu’ardu. Manque de moyens, les chercheurs et les universitaires malgaches y sont souvent confrontés. Manque de volonté d'une politique langagière, le pays souffre de cette léthargie depuis des décennies. 

Paroles brûlées, les hainteny sur scène

100 ans marquant la publication des « Hain-Teny merinas » de Jean-Paulhan, 100 ans marqués par un spectacle intitulé « Paroles brûlées », le 7 juin dernier au CMDELAC (Centre Malgache pour le développement de la lecture publique et d’animation culturelle) à Analakely, conçu par Beby Mahita, passionnée de théâtre et initié par Daniel Bedos, directeur de l’Association CONTI, réseau International de Solidarité Artistique.

Jean Paulhan a consacré son séjour à rencontrer les Ray-aman-dreny ou aînés qui l’ont initié à cet art oratoire. Le livre qu’il a publié a été une référence pour certains écrivains de l’époque, précise Daniel Bedos. Pour ce spectacle, nous avions décidé de conjuguer photographies de l’époque, chants, musique, danse et jeux de mots souvent érotiques, qui font la particularité des hainteny. Il s’agit d’ forme d’écriture unique au monde. Un patrimoine littéraire et poétique de l’île qui se doit d’être connu et reconnu car il forme encore les bases de la culture malgache. Malgré un contenu érotique omniprésent, c’est également des faits sociaux et culturels qui y sont traités, ajoute-t-il.


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